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Fairy Tail World RPG



Fairy Tail, Une véritable bombe dans l'univers du Shonen Fantastique ! Rejoignez-nous pour une grande aventure dans le monde de la Magie ! Le forum vient de fêter ses trois ans!

 

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 God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]

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Keira
~¤ Mage d'Elite ¤~


Nombre de messages: 22
Age: 20
Localisation: Wherever the wind throw me.
Date d'inscription: 06/02/2012

Feuille de personnage
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MessageSujet: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Mar 7 Fév - 18:57

Nom :: Elle attend toujours un nom, une identité qui lui est propre, elle cherche en vain qui elle est, d’où elle vient.
Prénom :: Keira, murmuré dans un songe, lorsque ses deux opales se furent éteintes pour la première fois.
Surnom : Aucun.
Âge :: 19 ans.
Guilde :: Je sais pas T_T



.:: Chapitre 1 - Magie ::.


La magie… Curieuse anomalie de la nature, convoitée, adulée, alliénante… Nombre sont ceux qui veulent la maîtriser, elle est notre identité, elle est ce nectar de vie qui coule dans nos veines, embrasser le chemin de la magie, c’est suivre un chemin sinueux, s’enfoncer dans les profondeurs de cet art, c’est prendre une voie de non-retour. Une fois baignés dedans, la magie prend votre âme et s’en empare, elle devient votre âme, votre vie, votre souffle. Magie protectrice, destructrice, créatrice, ses usages sont nombreux, mais comment classifier cette magie ?
Pouvoir : Qu’est ce que l’alter égo du Temps ? Le noble et non moins omnipotent Espace. Non pas cette étendue de vide sidéral tapissé d’étoiles par milliers. L’Espace avec une majuscule, le monde qui nous entoure, la gravité, l’atmosphère, la pression de l’air, mais aussi… la dimension. Auriez-vous la prétention d’avancer que notre monde est unique ? Ce serait une bien belle erreur. L’univers n’est rien d’autre qu’une stratification de couches de mondes. Etrange non ? Et pourtant bien vrai. Ce cloisonnement entre les dimensions est une fine couche de lacryma magique indestructible pour quiconque ne possédant pas l’art de la magie de l’Espace. Mais pour ses griffes, fines et acérées, ce lacryma n’est plus gère qu’une étoffe de soie, lumineuse et frêle, délicate. Keira hérita de cette magie perdue.
D’où provient ce pouvoir, digne d’un profane défiant les Dieux et leur création ? Qui est donc cet esprit détourné, plongé dans l’hubris perfide, noyé dans le cercle vicieux de la quête du pouvoir ?
Zeref le tout-puissant n’était pas le seul grand mage noir de sa génération, néanmoins ses actes de destruction titanesques en firent une légende, une légende qui éclipsa et relaya au second plan ses contemporains, lorgnant secrètement cette notoriété, jalousant ce pouvoir et sa pérennité. Il ne faisait aucun doute même en ces temps obscurs que la magie puissante de Zeref irait à travers les âges, subsisterait dans les cœurs les plus obscurs, ces cœurs où les ténèbres triomphantes feront germer de nouveau les graines de la destruction. La magie de la haine, de la colère, cette magie incontrôlable, dangereuse, hors de portée de tout être dépourvu de cette noirceur d’âme. Un pouvoir qui vous consume en d’autres termes.
Comme je vous le disais, Zeref n’était pas le seul grand mage noir de son époque. Un de ses contemporains, Sha’nek, cet homme si on peut l’appeler ainsi fût à l’origine d’une des magies perdue. « Distorsion » la magie de l’Espace (la magie du temps n’est pas la seule à avoir perduré … Hélas.) A la mort de Sha’nek, la magie fût scellée dans une tour au fin fond d’un désert glacé, plongée dans l’oubli… Ou presque, mais ça, c’est une autre histoire.
Si l’on devait décrire « Distorsion » en un mot, ça serait « contrôle », cette magie permet à son utilisateur de contrôler l’espace dans une aire autour de lui mais aussi sur lui, il peut se dématérialiser pour un laps de temps qui dépend de sa puissance magique, créer des failles pour la dimension du vide. C’est la seule dimension accessible pour les mages de la Distorsion, c’est une dimension comme son nom l’indique ou règne le néant, aucunes construction, rien, un sol violacé, une atmosphère étouffante prismée d’éclat d’âme noires, il n’y a pas de ciel, pas de nuages et rien de matériel que le mage n’ait lui-même apporté. Les mages peuvent y faire rentrer une ou plusieurs personnes selon la faille créée. Dans ce monde, le mage à l’avantage du créateur, c’est un monde qui lui est propre et dans lequel pour lui tout est possible (sauf braver la mort bien entendu…), le temps est comme suspendu. On ne peut néanmoins y rester que pour une durée déterminée, le contrecoup de l’arrêt du temps se répercutant dès la sortie de la dimension. Keira ne s’en sert que très rarement, le plus souvent étant pour mettre ses alliés à l’abri de ses techniques destructrices.
La principale force offensive de la magie de Distorsion est l’utilisation de trous noirs plus ou moins puissants selon la volonté du lanceur. L’utilisation de ces techniques d’invocation du vide nécessite néanmoins que le lanceur se trouve au corps à corps. Le trou noir ne fait pas la différence entre allié ou ennemi, il aspire tout sur son passage, à son échelle.
Ce sont les grandes lignes du pouvoir de l’espace, mais qui sait ce qu’il deviendra dans les mains de Keira ?
(En gros, si vous connaissez Naruto, la maîtrise de la Distorsion s’avoisine au pouvoir de Madara Uchiha :3 *Fangirl spotted* )

.:: Chapitre 2 - Identité ::.


Descrption Morale ::

« Pur. Son cœur, son cœur est pur. Non, la noirceur de cette magie n’a pas entaché son âme. Elle est…. »
Les derniers mots d’un vieillard à l’agonie.
Ce qu’elle est, il est difficile de le décrire à l’aide de mots. Son cœur est pur oui, protégé par une carapace de solitude, éloigné de la corruption par une vie de errance, une vie d’ermite au fin fond des glaciers où elle fut jadis élevée.
Solide comme cet iceberg que l’on aperçoit au large des océans glacés, fort et noble. Elle est d’un mental inflexible et déterminé. Quand une idée a le malheur de s’ancrer dans son esprit, il lui est impossible de s’y déloger, elle devient pour Keira une obsession, un objectif qui jamais ne sera abandonné à moins de son accomplissement. C’est donc à l’inverse du monde dans lequel elle était vouée à grandir une femme droite et franche, loyale, aux idéaux bien placés et qui jamais ne baissera les bras. Un peu tête brûlée certes mais personne ne peut lui en vouloir, jamais encore son pouvoir n’a été remis en cause et elle-même n’en est pas consciente, de ce pouvoir qui coule dans ses veines. Elle vit dans la simplicité, jamais elle n’a vraiment eu de bien matériel, et cette ignorance teinte sa personnalité d’une certaine candeur qu’on relierait d’ordinaire à l’enfance. Mais on ne peut pas non plus lui en vouloir, elle n’a jamais eu d’enfance…

Cette candeur à croquer s’accouple avec son ignorance et la méconnaissance du monde qui l’entoure pour enfanter sa curiosité. Keira est un être curieux de l’espèce humaine, elle n’a grandi toute sa vie qu’avec une seule et unique personne qui ne lui inculqua rien d’autre que la magie perdue et la chasse. Mais cette exclusion de la société éveilla son sens de la curiosité, elle mourrait d’envie de savoir ce qui se passait derrière ces énormes glaciers, au large de cet océan gelé, à l’orée de ce désert blanc. Et c’est ce qui sauva son cœur. Un enfant qui s’éveille, qui ouvre les yeux, qui voudrait connaître la vie, le rire, la joie, les larmes, la tristesse, la haine, c’est la vie qu’elle veut vivre, la vie qu’elle vivra. Elle aurait pu sombrer dans un sectarisme poussé, devenir sociopathe, avide d’accroître son pouvoir à l’infini. Elle avait la matière pour devenir une mégalomane en règle mais ce chemin lui paraissait si fade. Elle souffrait de la solitude, et il est rare qu’un mégalomane sociopathe sache s’entourer d’amis fidèle. Elle a choisi l’humanité et la liberté.

Son esprit est vif et aiguisé, la jeune et douce Keira fut élevée pour la magie, par la magie et à travers de la magie, par conséquent sa capacité d’analyse de cette dernière dépasse celle développée par un simple mage. Même si elle ne fréquenta jamais l’école, elle n’en était pas moins lucide et cartésienne, elle a les pieds sur terre, ou la tête sur les épaules, au choix. Elle aimait déambuler dans les étalages de livres de son maître, cette odeur de papier ancien, les couvertures en cuir craquelant, les pages frêles et délicates criant sous la pression de ses petits doigts fins. Elle en apprenait toujours plus, encore, plus, son cerveau agissait telle une éponge, elle est cultivée pour ce qui est des magies obscures (l’antre de son maître en étant à 80% composée) et du monde animal. Car il y a une passion qu’elle partageait avec son geôlier de maître, c’était la faune du monde, l’attrait pour le monde animal et la curiosité pour elle d’en répertorier chaque espèce, de l’observer. Mais Keira n’est pas une rêveuse éternelle, attachée au monde des songes, enchaînée à ses utopies, loin de là. C’est une battante, allant sans cesse de l’avant, ne s’arrêtant jamais d’avancer, encore plus loin. Des objectifs ? Elle n’en a aucun à proprement parler. Point de haine dans son cœur ni de rage dans son corps. C’est sa curiosité qui la guide. Elle n’a qu’un souhait, rencontrer un jour des humains, se lier avec eux, vivre avec ses semblables. Elle veut simplement vivre loin du joug des idéaux de son maître tyrannique dont le cœur et l’âme étaient rongés par la jalousie. Elle veut simplement la liberté.

Néanmoins dans cette solitude, il est possible qu’elle ait développé une certaine double personnalité, cachée aux yeux du monde il arrive qu’elle se parle à soi-même comme elle parlerait à autrui. Mais ce n’est pas de la folie ou une prise de possession de sa conscience, non, c’est comme si en son âme, deux êtres cohabitaient au sein du même corps. Keira l’appelle sa bonne étoile, cette entité qui surgit toujours quand le cœur de la belle est sur le point de sombrer dans les ténèbres c’est 火花 « Hibana » ,c’est ainsi qu’elle la nomma, « Etincelle », la lueur de l’espoir, l’incarnation de sa lumière intérieure. C’est là qu’elle puise la force de continuer et de se dresser face au pouvoir obscur qu’elle renferme. Hibana est son compagnon intérieur, surement une élucubration mentale de la jeune femme durant sa rude période que l’on peine à qualifier d’enfance. Hibana est son rempart, elle est sa lumière et certainement sa seule et unique amie à ce jour.
La fée de son âme sait lui redonner son sourire franc et espiègle, elle sait réveiller l’étincelle qui anime ses deux grands opales qui brillent d’un reflet de malice. Vous l’aurez compris, la seule source de la force de cette femme se trouve en elle, du moins pour l’instant. Keira est en effet une femme attractive et attachante, elle a cette aura de surface que l’on pourrait qualifier de bienfaitrice, paradoxalement. Elle est chaleureuse et souriante, c’est en somme un petit rayon de soleil à elle seule. Et pourtant malgré ce caractère attachant, elle connaît si peu le genre humain que pour elle, les gens qui l’entourent ne sont que des sujets d’étude, elle est fascinée par les relations des hommes entre eux, l’amour, l’amitié, la famille, elle les envie, elle voudrait en faire l’expérience.
Keira est animée de ce souffle de vie qui lui procure une vivacité plaisante, qui en fait une femme dynamique sans pour autant parler d’agitation. Elle a appris à intérioriser toutes ses émotions, ses sentiments, ses ressentis et ses sautes d’humeur, elle les partage, avec Hibana. C’est pour cela qu’elle paraît toujours si calme et paisible. Elle n’a pas encore la conception du bien et du mal, de la limite entre la vie et la mort, d’où ce côté un peu tête brulée qui ne recule devant rien. Il lui manque cet équilibre, il lui manque cette tutelle, quelqu’un qui lui fixe des limites, qui lui dise quoi faire et ne pas faire. On comprendra aisément que la candeur de Keira est tout aussi dangereuse, si la jeune femme venait à tomber en de mauvaises mains, le pouvoir de destructeur de Distorsion pourrait être utilisé à de mauvaises fins.
Une obsession rôde dans sa tête, sa curiosité a encore frappé, Sha’rina sensei parlait sans arrêt de guilde. C’est un concept qu’elle s’est mis en tête d’élucider, c’est quoi, une guilde ?


Description Physique ::

On se plaît souvent à tout classifier, à créer ses grandes boîtes dans lesquelles on répertorie un certain phénotype. Ces grands boîtes, on pourrait les appeler caractéristiques. Des traits qui mis bout à bout construisent notre faciès, il y a des milliers de boîtes caractéristiques, des millions de combinaisons qui font que chaque être est unique. Et cette unicité remet par là même le concept de classification en cause. Car pour classer l’ensemble de nos chères enveloppes charnelles, il nous faudrait à tous une petite boîte pour nous seul. A partir de là, pourquoi s’embêter à cloisonner dans notre esprit les caractéristiques physiques ? Un être c’est un composite de caractères qui en s’unissant forment un tout. Et c’est ce tout que nous devrions avoir en tête.
Mais pour ceux qui ne voient l’apparence que comme une partition de caractères, laissez-moi vous dévoiler ceux de Keira.
Conformément aux standards, auxquels je me plierai dans un premier temps, voilà la belle de loin.
La première boîte qui entre en jeu : la silouhette. Quelle taille ? Quelle corpulence ? Moyenne. Tout est moyen. Son corps n’est pas d’une finesse sculpturale mais c’est bel et bien un corps de femme qu’elle arbore. Un corps ayant toujours survécu par ses propres moyens, sculpté par la chasse, une chape athlétique, des muscles fuselés et étirés. Le corps d’une chasseresse qui lui a permis de subsister alors que son maître disparût dès son jeune âge. Elle n’en est pas moins harmonieuse et gracieuse. Son pas est léger, félin, sans un bruit elle se déplace, se drape d’élégance et se meut dans l’air comme un poisson dans l’eau, elle ne fait qu’un avec son environnement, elle ne fait qu’un avec l’Espace. Mage, elle n’en reste pas moins une femme, et pour cause… On ne saurait passer à côté de la féminité de ce corps aux atouts frappants. Des hanches justement fournies mais une poitrine au volume imposant dont elle a maintes fois eu envie de se débarrasser. Chasser avec un tel poids sur la poitrine, on a déjà vu plus pratique. Elle n’en voit pas l’utilité de ces gros obus fixés sur son poitrail, mais selon elle, se sont ses mamelles elle se doit de les garder en tant que représentante féminin de la race humaine, après tout, les mammifères ne sont-ils pas voués à donner la vie ? Elle avait lu ça un jour dans un ouvrage à la grotte. Depuis ce jour, elle abandonna l’idée de couper ses seins et vécut avec sans jamais en trouver une utilité quelconque. & ce pour le bonheur de ces messieurs, bien sur, elle n’a aucune idée de son charme et montre son corps de façon décomplexée. Sa démarche se traduit simplement par un élégant balancement de hanche, imitant le fauve de la toundra. Elle a toujours voué une certaine adoration à ces grands et beaux félins des neiges, ils avaient cette prestance et cette grâce qui ne leur ôtaient en rien leur force et leur férocité. C’est ainsi que l’on pourrait résumer l’allure de la jeune Keira, féline des contrées glacées.

La deuxième boîte fait son entrée, elle s’approche de vous, la féline, et que voit-on ? Des couleurs ! Des formes !
Lesquelles me direz-vous ? Vous serez premièrement surement surpris face à l’accoutrement de Keira. Il se réduit à celui qu’elle a toujours porté par la volonté de son Maître (sûrement un peu pervers sur les bords) : une paire de bas en dentelle noire surplombé par de hautes cuissardes en cuir noires, elle ne porte en guise de haut qu’une sorte de haut de maillot de bain en vinyle noir attaché autour de son cou à la manière d’un col de chemise gris orné de petites pierres rouge carmin. On peut remarquer qu’elle habille ses bras d’un blanc d’albâtre d’une paire de guêtres noires ornées d’argent. Elle a tout l’air d’une poupée goth lolita sortie d’un magasin à la clientèle peu nette. Elle changera surement de style un jour, peut-être quand elle sera exaspérée du regard des gens ou au contraire en sera-t-elle contente, qui sait, ce sont tant de petites choses qui font qu’elle attend avec impatience cette rencontre avec le monde et la vie en société. Ne dit-on pas que l’Homme est un animal social…
Au-delà des futilités vestimentaires, ce qui nous caractérise le plus est sans doute notre visage, un visage qui exprime notre plus profonde singularité, notre unicité et pourquoi pas même notre beauté. Angélique ? Ou peut-être démoniaque ? Il est difficile de déterminer lequel de ces fades adjectifs qualifierait le mieux le visage de cette poupée ténébreuse. Mais tout d’abord, pourquoi hésiter entre ces deux désignations ?
Angélique pour son regard, ses deux grands lacs d’un bleu fier et clair, limpides et brillant d’une lueur peu commune. On dit souvent que les yeux sont les miroirs de l’âme et dans son cas, l’adage s’avère être exact. Dans ces deux lapis-lazulis on lit la candeur et l’innocence, mais aussi cette étincelle de folie et de puissance qui sommeille en elle. Charmeur sans le vouloir, son regard est perçant, il vous traverse de part en part, souvent inquisiteur mais toujours franc et expressif. Il a se quelque chose de taquin, qui vient titiller la corde de votre sensibilité, ses yeux d’un bleu profond son tels deux lacs dans lesquels on se noierait avec plaisir. La douce ellipse qu’ils dessinent lui donne des airs de biche, ses yeux légèrement clos la parent d’une aura mystérieusement envoûtante. Ces deux gemmes éclatantes ne sont pourtant que les joyaux d’un bijou fort bien ouvragé.

Elle y a mit son cœur Mère Nature à l’esquisse de ses traits, elle a sorti sa plus belle palette. Au programme un camaïeu de rosés aux blanc pour sa délicate peau de pêche. Son teint de poupée et ses paumettes hautes lui donnent la fraîcheur et l’éclat d’un pétale de rose paré de son plus bel habit, une robe de perles de rosées. Cette couleur douce et lumineuse contraste avec ces yeux vifs et ne souligne que plus leur singularité. Le reflet rosé de sa peau ne s’allie que trop bien à sa bouche teintée d’une couleur perlée, un rose pâle mais soutenu qui met en valeur des lèvres pulpeuses et charnues, dessinées d’une main de maîtresse par la Nature en personne. Au dessus de ses lèvres trône un petit nez en trompette, juste pointu comme il le faut s’ancre parfaitement dans le reste de son faciès, un élégant composite d’espièglerie, d’élégance et de fraîcheur. Mais que serait Keria sans sa chevelure d’un noir profond, qui accroche votre regard et vous ensorcelle de ses reflets violine. Une chevelure soyeuse qui lui descend jusqu’au creux des reins. Elle ne les a jamais coupés et les chéris depuis sa tendre enfance. Ils se plaisent à onduler gracieusement au rythme de ses pas, reflétant dans leur danse effrénée la douce lumière de l’astre les éclairant.

Je pense vous avoir fait faire le tour de ces boîtes, mais voyez-vous, elles ne suffiront jamais à exprimer la réelle identité ou la personnalité d’une personne, car c’est dans ses attitudes et ses habitudes que certains se plaisent à lire dans les autres. Voilà donc ce que l’on peut tirer de Keira après un certain temps d’observation. Qu’est ce qui accroche notre regard ? Qu’est ce qui fait que l’on n’a pas envie de s’en détacher ou qu’au contraire, on la fuirait volontiers comme la peste ?
Ce qui vous marquera au premier abord, c’est son sourire. Il fend sa face bien souvent impassible comme un éclair fendrait le ciel d’un bleu roi uniforme une nuit d’été. Et lorsque que ce masque de pierre se brise et que l’œuvre inanimée prend vie, c’est là que nous admirons tout le travail de l’auteur. Son sourire est à son image, franc et complètement décomplexé, lumineux et porteur d’espoir, marqué par sa volonté et en un mot, agréable. Quand on la regarde sourire, alors on comprend que c’est un être entier et chaleureux avec tant à offrir.
C’est ensuite cette façon qu’elle a de se tenir, toujours en équilibre sur un déhanché étrange, tel un animal qui stoppe sa course, le dos droit, la tête haute, toujours haute et portée sur ses épaules solides avec fierté. Car oui, tout son être sue de fierté, non pas de l’arrogance, mais de l’amour de soi, elle respecte du plus profond de son cœur les œuvres de la nature et elle en fait partie au même titre que tout être vivant ou animé de cette Terre. Animiste me direz-vous ? Pas du tout, elle sait simplement débusquer la beauté là où elle peut la trouver, en tout un chacun.
Et pour finir c’est elle qui vous accrochera par sa singularité. Pour ce tout qu’elle forme, un lot que l’on peut aimer comme détester. C’est une rose noire, délicate et piquante, attirante mais blessante.

.:: Chapitre 3 - Entre nous ::.



Comment avez-vous connu le forum ? :: Google
Un commentaire à faire ? :: Je vous en supplie, j’implore votre bon sens, par pitié, corrigez moi cette faute sur les fiches de présentation… les noms en « té » ne s’accordent pas au féminin :’( « Identité » Wink
Depuis combien de temps faite vous du RP ? :: 5 ans ? j’ai commencé à l’âge de 15 ans. Mais je me suis arrêtée ça et là, cela ne m’empêche pas d’aimer ce que je fais <3
Votre âge :: 20 ans
Vos rêves :: « Un jour je serai le meilleur dresseur… » What else ?
Code: Chaussette et pourtant… j’avais dis Flip !

ABYSSUS ABYSSUM INVOCAT
L’abîme appelle l’abîme.


Prologue d’une vie : Naissance et déboires de la magie dimensionnelle.
(Vous vous en doutiez, je n’allais quand même pas sortir ce pouvoir de mon chapeau Wink )
La douce et enveloppante lumière d’une lune brillante et pleine se reflète dans ses yeux obscurs et dans chacune des larmes qui perlent sur son visage, déconfit. Il lève les yeux au ciel et implore l’astre lunaire de lui pardonner sa faiblesse, de panser les plaies ouvertes et suintantes de haine qui recouvrent son cœur d’un voile maléfique. Il souffre, il se repent en silence de ses actes, la main tremblante, le mal le consume , il peine a porter de son poignet fébrile et mutilé le poids de cette dague d’argent. Une lame fine et aiguisée, brillant de reflets d’argent. Le manche crochu comporte une inscription en langue ancienne
La raison est une arme plus pénétrante que le fer.
C’est cependant l’imperméabilité de son esprit à la raison qui le poussa ce soir là à commettre l’irréparable. Lentement, son bras vêtu d’une toge d’un noir saillant se leva dans un mouvement présageant la mort. Le spectre de la morbidité hantait son visage inquiet alors même que ses larmes ne cessaient de couler. Son bras gauche toujours tremblotant serrait contre son corps frémissant deux livres. L’un d’une couverture en cuir violacé sur lequel était inscrit en fines lettres d’or « Le marcheur des mondes, Distorsion » et sur l’autre « Cogito ergo sum » (« Je pense donc je suis » Descartes). D’un coup, son corps se ressaisissait, les tremblements cessaient, il faisait face à la mort, le vent glacial qui soufflait dans son dos ne le pétrifiait plus, ses larmes cessèrent de couler, après tout, que lui reste-il au monde à part cette magie maudite ? Il l’emportera outre tombe dans les entrailles de la terre afin que ce pouvoir vicieux d’aliénation ne répande plus la douleur et la souffrance autour de lui. Il aura eu cette étincelle de lucidité à l’aube du trépas. Et c’est dans un sourire qui déchira sa face ridée qu’il abattit la dague d’argent droit sur son cœur, dans un mouvement sec dépeignant toute l’ampleur de sa détermination et de sa résignation. Il emportait avec lui ses pêchés et avait payé de sa vie les êtres qu’il avait blessés. Le sang coula, d’abord en un petit jaillissement éclaboussant légèrement son visage alors que sa tête était penchée, contemplant d’un regard empreint de dégout son œuvre, l’œuvre d’une vie.

Puis il vacilla telle une flamme exposée au vent, il tomba lourdement sur le sol ou son sang se répandait petit à petit, extrayant progressivement de son corps chaque parcelle de vie qui lui restait, toute la chaleur qu’il contenait et expiant par les eaux de la mort ses crimes passés. Ses yeux se fermaient mais il était toujours conscient. Sa dernière pensée, la dernière pensée d’un vieillard alla droit à sa descendance. Ses lèvres murmurèrent ou plutôt balbutièrent puisant dans ses ultimes forces « Mes enfants, Shaneki, ne sombrez pas… ». Son crâne heurta lourdement le sol, mais il était léger, libéré du poids de ce pouvoir, il avait été le créateur de la destruction, la genèse du désespoir et de l’annihilation, l’incipit d’une longue histoire.

Le lendemain matin, les Shaneki se réunirent pour la cérémonie funèbre de leur père tyrannique. Les larmes ne coulèrent point, mais au contraire, sur les visages on lisait le soulagement, il avait passé les portes de l’enfer, ce vieux fou consumé par la jalousie. Il paierait pour ses pêchés, il paierait pour avoir sacrifié sa famille pour ses obscures recherches. Et tout ce qu’il laissait pour héritage étaient ces deux grimoires enveloppés d’une aura mystique et repoussante, une aura terrifiante qui rappelait à tous les horreurs subies par les victimes de cette magie. Ils jetèrent donc dans son cercueil ces deux livres maudits afin qu’ils sombrent comme leur auteur dans l’oubli le plus complet.
Mais la légende de Sha’nek l’obscur ne s’éteignit pas pour autant ce funeste soir d’hiver…

AD PERPETUAM REI MEMORIAM
A la mémoire éternelle du fait
Extraits du journal de bord de Sha’nek.


01.04.xx79
« Je suis épuisé de son arrogance, sa grandeur m’oppresse j’erre dans son ombre, silencieux et humble, j’accepte ma condition de mage inférieur, mais j’ai trouvé un secret, bientôt on m’appellera Sha’nek le marcheur des mondes.

Je maîtriserai l’espace comme un peintre maîtrise sa toile, j’en ferai mon terrain, mon tout, ma vie, et au travers de cela naîtra la magie de la Distorsion. J’en suis persuadé, notre monde n’est pas unique, Edoras n’est pas la seule alternative, je le sais, d’autres le savent. J’ai déjà réuni un petit comité de disciples qui me sont fidèles. Nous quitterons d’ici peu les Terres souillées e la magie de Zeref pour nous enfuir au-delà des glaciers, où je pourrai exercer mes recherches en toute tranquillité.

Cette découverte m’excite et m’effraie, le pouvoir de l’Espace, contrôler les dimensions ne serait-il pas fabuleux ? Bientôt on me reconnaîtra pour ce que je suis, pour mon talent et mon audace, je défierai les lois de ce monde pour y instaurer les miennes, les lois d’un monde façonnable selon mes souhaits et malléable sous mon toucher. Ce sentiment qui m’envahit, je le sens, cet exil ne sera pas vain. »

17.06.xx79
« Nous avons migré vers les terres gelées, le climat y est hostile mais nous ne sommes pas dérangés. Le terrain est propice à l’entraînement à cette étrange magie, je comprend de mieux en mieux le fonctionnement de ces strates dimensionnelles, bientôt, je percerai leur secret.
Ma première découverte en étudiant les ouvrages que j’ai pu trouver sur Edoras est que pour parvenir à ce monde ou la magie afflue, il faut percer une couche fine d’un lacryma indestructible. Seule la magie nommée « Anima » peut briser cette cloison. Néanmoins, Anima n’est selon moi pas la seule manière de percer cette barrière. Je suis persuadé que l’énergie magique d’un mage peut le faire. Il suffit d’adapter la fréquence de notre afflux magique à une bonne valeur pour y percer une faille. C’est le sujet d’expérimentation de demain.
Les hommes commencent à fatiguer, ils ne se rendent pas encore compte que je draine leurs forces vitale pour alimenter mon propre corps. Ces expérimentations me demandent tant d’énergie. Mais je vais et m’améliorant et ne désespère pas. D’ici quelques années, cette magie n’aura aucun secret pour moi. »

24.12.xx80
« J’y suis, je la tiens. Après plus d’un an de recherches je l’ai ouverte, ma première faille !
Il m’aura fallu plus d’un an pour l’ouvrir, pour trouver la bonne séquence et adapter mon flux à celui du lacryma. Cette sensation est étrange, on croirait que nos doigts se transforment en rasoir et que ce fin lacryma n’est en fait qu’un morceau d’étoffe de soie. Et mon doigt glissait pour dessiner une faille dans le ciel, une faille qui s’ouvrit et dans laquelle j’ai hésité à entrer. Je ne voyais de ce monde qu’un épais brouillard violacé, rien de semblable à ce que l’on peut trouver dans notre dimension. Plus de verdure ni de ciel et encore moins de nuages. Tout simplement un monde fait de particules magies.
J’ai d’ailleurs émis une hypothèse à ce sujet, cette dimension ne doit être qu’un entre monde, les limbes séparant deux vraies dimensions. Je ne m’y suis pas aventuré, étant à court d’énergie magique. Mais il est impossible pour moi de contenir ces larmes de satisfaction. Je l’ai fait, moi, le premier mage à défier les limites de cette dimension, de ce monde. Il faut pourtant que je sois prudent, cette révélation ne dois sous aucun prétexte arriver aux oreilles de quelconques mage noir du continent, il en va de ma sécurité… »

07.03.xx88

« Les années ont passé, le temps suis son cours, je n’arrive pas à croire que ce soit le 9è printemps que je passe dans ces contrées éloignées. Cette recherche me passionne et me prend tout mon temps, et c’est ce que j’apprécie, mes cheveux se grisent et mon visage jadis si beau se voit pris d’assaut par les vestiges du temps.
Je maîtrise maintenant parfaitement l’ouverture de faille, j’ai nommé cette technique « Distorsion » c’est l’élément principal de la magie que je mets tant d’effort à créer. J’ai d’ailleurs commencé à rédiger l’ouvrage renfermant les secrets de cette magie. Mes ambitions sont simple, je souhaite plus que tout que mes trouvailles traversent les âges afin que mon illustre nom perdure génération après génération comme le créateur de la noble magie de l’Espace. Ma vie n’est qu’un sacrifice nécessaire à cette œuvre, ainsi que celle de ces disciples m’accompagnant.
J’ai pu « explorer » la dimension créée, il semblerait que ce soit tout bonnement un vide, mais plus curieux, un vide dans lequel le flux magique intérieur a possibilité de se matérialiser. C’est ainsi que j’ai pu ouvrager une table ou encore un fauteuil, je passe énormément de temps dans cette dimension afin d’en comprendre toutes les subtilités. C’est tout bonnement fantastique, je n’aurai jamais imaginé arriver à cet avancement, Kuukyo no Sekai, le Monde du Vide, c’est ainsi que je le baptise en ce jour. Il faudrait que je fasse une expérience avec un de mes disciples. Cette dimension est-elle possible d’accès à des objets, des êtres humains ? »

16.05.xx88
« Tout va pour le mieux, Kuukyo no sekai est extraordinaire, je manipule ce monde comme si j’en étais le Dieu, mon pouvoir est sans limite à l’intérieur. J’ai découvert une nouvelle fréquence de lacryma, il semblerait qu’elle mène dans une autre dimension. Ainsi, la différence entre les diverses dimensions ne seraient en fait à débloquer que par une variation de l’intensité du flux magique émis et sa fréquence. C’est tout simplement épatant.
J’ai fait cette découverte par le plus grand des hasards et je remercie la fortune de m’avoir souris. Alors que la colère m’emportait, mon flux est devenu plus puissant, plus important et la forme de la faille se changea automatiquement en un cercle d’un noir profond. Un trou noir, j’avais matérialisé un trou noir… Sous le choc, j’ai coupé immédiatement la magie invoquée, mais je me promet de remettre cette expérience au goût du jour jusqu’à maîtriser la matérialisation de trou noir. La destruction à l’état pur… Une force attractive à laquelle rien ne résiste. J’en trépigne d’avance, ma force sera sans égal, et enfin on me reconnaîtra à ma juste valeur… »

30.06.xx88
« Mon avancée a été pour le moins spectaculaire. Je peux aujourd’hui matérialiser des failles sans même lever le petit doigt, tout simplement en projetant mes flux magiques dans les directions voulues. Les trous noirs n’ont plus aucun secret pour moi et leur pouvoir destructeur est tout simplement effrayant. Hier encore j’ai attiré l’attention sur mes recherches quand en cherchant les limites à la force et la taille d’un trou noir, j’ai malencontreusement englouti quelques grands glaciers sur les océans. La seule constatation que j’en ai pu tirer est que le trou noir peut se révéler aussi grand que l’utilisateur y met de puissance. Etant né avec une faible réserve de magie, je ne peux que me blâmer de ne pouvoir expérimenter l’étendue de ces capacités, néanmoins je compte sur ma descendance pour en tirer le plus grand parti. »

07.07.xx88
« Je me dois de retourner parmi les miens, le temps presse… Suspension des recherches. »

15.07.xx88
« Mort pour la pérennité »


ABUSUS NON TOLLIT USUM
Abusus non tollit usum
L’abus n’empêche pas l’usage.


Sha’nek a maintenant débarrassé la surface du globe depuis un peu moins d’un demi millénaire. Inhumés à ses côtés, ses grimoires sombrèrent petit à petit dans l’oubli le plus complet, pour le plus grand bonheur de cette gérontocratie que forme le conseil. Ces magies, ils les tiennent en horreur et pour cause, elles sont incontrôlables et dangereuses. Néanmoins son histoire que je ne m’attarderai pas à vous détailler fait toujours frissonner les jeunes générations et est contée aux enfants à l’aube du sommeil comme un conte d’épouvante. La simple évocation de ses péripéties suffit à enseigner aux plus petits les dangers de la jalousie, du la haine, de la folie et de la quête de pouvoir. C’est ainsi que les Shaneki vécurent en paix jusqu’à ce que la flamme malveillante qui avait jadis poussé Sha’nek à sombrer dans sa folie créatrice ne se trouve une nouvelle victime. Un nouveau cœur enquête de courage, débordant d’ambition. Le souvenir de ce conte qu’on lui racontait alors même qu’il était un bambin à l’imagination débordante lui mit en tête de partir à la recherche de la tombe de son ancêtre. Il faisait partie de la lignée directe de Sha’nek. A ce jour, les Shaneki vivaient modestement, sans se faire remarquer, se contentant du peu que la nature avait à leur offrir, mais Sha’rina voyait plus loin. Et si ce conte n’était finalement pas qu’une fable et que la tombe de ce vieux fou renfermait réellement un pouvoir énorme ?

Son raisonnement fut des plus élémentaires, avec ce pouvoir, il pourrait faire prospérer son peuple et en devenir le souverain, étendre son joug au-delà des terres glacées et par conséquent s’octroyer des prérogatives qui lui étaient inaccessibles, le présage de la mélomanie. Il partit avec sa compagne à la recherche de cette tombe. Keila était sa meilleure amie, sa confidente, mais aussi sa femme. Tous deux fascinés par les opportunités offertes par les grimoires de Sha’nek, ils s’exilèrent en silence afin de poursuivre ces chimères. Mais les informations sur leur « Maître » comme ils se plaisaient à l’appeler se faisaient rares et chères. Tous deux avaient toujours été curieux de la magie, ils l’expérimentèrent de diverses manières en parcourant les ouvrages anodins de la modeste bibliothèque qu’ils avaient à disposition. Ils les avaient tous lu, un par un, méticuleusement à la recherche d’un minuscule indice et pour l’instant, la seule chose de laquelle ils étaient sûrs était que la tombe de leur ancêtre se trouvait dans les terres du Nord. Ils n’avaient appris ça d’aucun livre, aucun d’entre eux ne stipulait le nom de Sha’nek, prohibé et maudit, il était de mauvaise augure, mais du conte qu’on leur racontait étant plus jeunes.
C’est ainsi qu’ils se mirent en route pour le nord du continent. La tête pleine d’espoirs, ils chérissaient ce rêve qu’était de posséder ce pouvoir. Ils étaient attirés vers cette magie comme l’insecte est attiré par la flamme qui finalement le calcine et met fin à ses jours cupides.
Quand ils foulèrent enfin le pays de glace, ils furent soulagés et se pensaient en de bonne voie. Il leur suffisait d’arpenter le pays, de passer cette région au peigne fin pour y trouver ce qui les intéressait, la boîte de Pandore, leur sainte quête à eux. Ils étaient jeunes et plein de fougue, pleins de vie et d’énergie. Ils allaient ça et là, à la collecte d’informations, il n’y a d’ailleurs pas un village alentour dans lequel ils n’étaient connus. Ils y revenaient tour à tour pour questionner chacun des anciens, pour y consulter toutes les archives.
Les années passèrent et la fougue s’envola, cette quête effrénée n’était plus qu’une malédiction les hantant jour et nuit. Ils en rêvaient, ils y pensaient tout le jour durant, cela devînt une obsession. Ils se faisaient de vieux jours, Keyla était enceinte, un enfant qu’ils ne souhaitaient pas, qui pompait la magie de sa mère pour la réduire à l’épuisement, elle s’affaiblissait de jour en jour et bientôt le voile de la mort la recouvrirait.
Mais en se promenant dans la forêt pour y respirer l’air pur des régions montagneuses, Keyla buta sur une pierre, une rune magique, il ne faisait aucun doute, elle manqua de tomber à la renverse. Son ventre rond la gênait, la faisait souffrir, mais elle s’accroupît afin d’examiner sa trouvaille il y était inscrits des symboles qui devraient pouvoir être déchiffrés par son époux, elle courut, courut pour retrouver leur campement, utilisant une magie de traçage afin de retrouver sa route. Chez elle, le souffle court, la respiration haletante elle alla trouver Sha’rina qui la suivit jusque la rune. Ils avaient cherché 10 ans en vain, ils s’étaient dévoué corps et âme à cette quête pour au final trébucher sur une rune magique qui semblait être un sceau de blocage, ou une pierre tombale enfouie au fin fond de la toundra. Cette découverte dépassait leurs espérances. Ils se faisaient vieux et vivaient avec la crainte de s’éteindre sans même avoir pu toucher du regard l’héritage de leur ancêtre. Il était en effet inscrit sur la pierre érodée par le temps : « Par le sang de la lignée ». Il se saisit alors de sa dague d’argent, dague qui lui avait été transmise par son père, et qui lui-même la reçut de son père, un héritage familial qui selon la légende appartenait à Sha’nek lui-même. Il coupa du fil aiguisé de sa lame une entaille d’un rouge noble dans son avant bras. De la plaie perlait un sang rouge vif duquel on ressentait même ce bouillonnement qui faisait vibrer l’homme tout entier.

Les inscriptions se teintèrent de violet, les lettres, luminescentes laissait échapper un flux de magie noire qui dessina un cercle de taille moyenne sur le sol. La magie du sang perdu, seul le sang de la lignée de la personne désirée pourra briser le sceau et accéder à l’objet convoité. Le grand cercle s’illumina une dernière fois, puis s’éteignit à tout jamais pour ne plus laisser sous les yeux ébahis et embués de larmes de notre couple qu’un escalier sinueux s’enfonçant dans les profondeurs de la terre.
Ils s’y aventurèrent tous deux avec hâte bien que Keyla ne souffre atrocement de son ventre. Les contractions se faisaient plus violentes et ses forces épuisées ne rendaient la gestation que plus pénible. Heureusement, elle arrivait bientôt à terme et l’accouchement se faisait imminent. Elle serait libérée de ce poids, tout arrivait à point, l’aboutissement de leur exil, la naissance de leur progéniture à laquelle ils s’étaient jurés de transmettre leur héritage afin que plus jamais Sha’nek ne sombre dans l’oubli.

Ils tombèrent nez à nez avec un tombeau, vieux, les pierres s’effritaient sous les échos de leurs pas, ce lieu était humide et jamais depuis sa fermeture il n’avait été profané, les funérailles avaient dû se faire dans le plus grand secret. Aucune gerbe de fleur ni ornements, simplement un tombe de pierre hors du sol. Sa sépulture ne fût pas gaie, il n’était pas aimé, il fût mis en terre seul, comme il passa la majeure partie de sa vie seul. Ces observations furent coupées net par un cri de douleur intense provenant de Keyla.
Du sang coulait le long de sa jambe devenue maigre, les larmes perlaient de ses joues en cascade et venaient nourrir le sol sec et caillasseux. Elle hurlait de toute son âme, tandis qu’elle s’apprêtait à donner la vie, et à donner sa vie. Elle sentait son énergie partir de son corps, elle sentait le souffle gelé accompagnant les pas de la faucheuse. Sha’rina sentait son cœur se fendre à mesure que la vie quittait son aimée. Il procéda à l’accouchement comme le voulait leur coutume traditionnelle. C’est l’homme qui se doit de mettre au monde l’enfant qu’il protègera de sa vie. Mais à mesure qu’il exerçait la procédure, il pouvait voir la magie de sa femme s’évanouir, sa force vitale drainée par son enfant, quand il tînt enfin le nourrisson dans ses bras, il posa les yeux sur sa femme vidée de ses forces, un regard plein de larmes de tristesse elle le regardait fixement, son visage ayant retrouvé sa quiétude. Ses yeux étaient vides et froids mais les larmes versées avaient marqué ses joues de sillons fins marquant le soulagement et l’expiation de sa peine. Ses dernières forces, elle les usa pour ne prononcer qu’un mot, un seul : Keira.

Sha’rina posa des yeux aveuglés par le voile de la tristesse sur sa toute récente progéniture et répéta ce prénom, Keira. L’enfant était née avec un pouvoir assez étonnant, elle avait sa propre puissance mais aussi celle de sa défunte mère, qu’elle avait ponctionnée jusque son dernier souffle pendant ces 9 derniers mois. Il avait aujourd’hui perdu sa moitié, ce qui faisait son humanité. Il lorgnait ce rejeton qui lui avait pris sa femme et à partir de ce jour, il ferma son cœur et jura de ne se consacrer qu’à cette magie pour laquelle ils avaient tout deux voués leurs existences. Il ne pouvait cependant pas abandonner cet enfant pour lequel sa chère et tendre femme avait donné sa vie. Il l’emmènerait et lui apprendrait la magie car telle était sa volonté, faire prospérer et perpétuer l’héritage des Shaneki. Mais jamais il ne lui avouera qu’il était son père.

« Cette enfant… Keira, tu sauras tout ce que je sais et ce pouvoir qui est en toi… Tu seras la renaissance de Sha’nek. Le seul enfant de notre chère lignée qui ne soit né avec une telle magie en soi. J’ai foi. »

Sa voix était tremblante d’émotion, ses cordes vocales peinaient à émettre ces sons qui lui écorchaient les lèvres, elle était partie. Il ne lui restait plus que la magie. Avec l’enfant dans ses bras, il ouvrit le tombeau. Une putride odeur de décomposition émana de la tombe, le squelette complètement dénué de sa chair gisait, les bras en croix à la manière d’un pharaon des temps anciens, et près de lui, deux livres intacts aux feuilles seulement jaunies. Il quitta le tombeau laissant derrière lui le corps inerte de sa femme gisant à même le sol.
Il voulait simplement fuir cette tristesse et l’enterrer à tout jamais, laisser derrière lui sa peine et son amour dans ce tombeau. Ils seront scellés pour l’éternité, il vivra sans douleur ni ressentiment. Il avait accompli le rêve de leurs vies et pourrait continuer à perpétrer cette œuvre que celle de Sha’nek. De retour dans leur humble chalet, il posa les livres et installa Keira dans le lit qu’ils avaient eux-mêmes confectionné.
Il n’avait pas encore pris la peine de poser les yeux et d’admirer sa petite fille juste née. Et quand il en prit enfin la peine, il remarqua à quel point elle était le portrait tout craché de sa mère. Une peau d’un blanc rosé, de grand et beaux yeux bleus et le peu de cheveux qu’elle arborait avait déjà la couleur de la rose noire, une couleur de geai violacée. Elle avait l’air paisible, elle n’avait pas crié, elle n’avait pas pleuré, elle le fixait simplement, cherchant surement son attention qu’elle n’aurait jamais vraiment. Elle transpirait la magie, elle avait de l’énergie, c’était une bonne chose, mais trop pour un si petit corps… Il décida donc pour sa sûreté de lui apposer un sceau, le sceau des Barrières. Le flux de magie de Keira se régula et petit a petit, sa réserve de puissance augmentera, selon ce que son corps peut supporter. Et sur son visage, une marque représentant une sorte de fleur cerclée de perles apparut et rehaussa son regard d’une note de pourpre ajoutant à son intensité.
Dès ce jour, il décidait qu’ils partiraient vivre à l’écart de tous, dans une grotte reculée sur ces hautes montagnes, dans un endroit où ils ne seraient pas dérangés dans leur usage de la magie. Il tourna ensuite lentement sa tête vers les deux ouvrages, ces deux trésors et soupira longuement. Le lendemain, il partit avec son bébé et mit feu au chalet pour que leurs existences disparaissent des mémoires. C’est ainsi que Keira entra dans la vie et dans le monde. Une entrée dramatique et tumultueuse pour un futur incertain.

"Tu n'es pas digne du pouvoir que tu portes..."


Combien de fois a-t-elle entendu cette phrase? Elle résonnait dans son esprit, butait contre chaque coin de son crâne pour s'amplifier encore et encore jusque la rendre folle. Quel pouvoir? Mais de quoi parlait donc ce vieux fou? Ce n’était pas tant son déni et le dégoût avec lequel il s’adressait à elle qui la choquait, cette façon de parler était pour elle un standard, la normale en somme.


A suivre, l'histoire de sa vie.





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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Mar 7 Fév - 19:12

~ 6ème printemps ~ "Et alors, les papillons...?"

Il fait si beau, l'air des montagnes se charge de la chaleur de ce soleil qu'on croirait pouvoir toucher. Le majestueux astre se dresse vêtu de sa robe de rayons éblouissants et le ciel d'un bleu d'azur s'incline face à ce triomphe, les nuages s'écartent et s'écrasent sous la pression de cette douce chaleur de printemps.

Elle est sortie de la caverne, ses pieds nus comme toujours baignent dans l'eau. Le clapotis des gouttes d'eau s'éclatant contre la roche sonnait dans sa tête comme un métronome qui rythmait ses pas. Ploc...ploc... ploc... Elle s'amusait à compter le nombre de flocons déchus -gouttes d'eau dans l'esprit de la petite- que pouvait contenir une stalactite. Leur belle guirlande de pointes de glaces s'amenuisait plus on avançait dans le temps et parfois elle passait des jours entiers à observer ces gouttes tomber, une a une, formant une belle symphonie, celle de l'arrivée du printemps. Pourquoi s'attarder sur ce 6ème printemps? Parce qu'il jugea bon de commencer à l'initier à la magie dès ce jour. Son 6éme anniversaire. Sha'rina n'était pas chaleureux avec, ni paternel, il faisait tout pour cacher ce lien de sang qui le reliait à elle. Il détournait le regard quand il lui parlait et évitait le plus souvent de lui adresser la parole si ce n'était pour bougonner quelque ordre, quelque instruction ou tache qu'il donnait à exécuter à la petite fille. Pendant ses 6 premières années de vie, il l'avait habituée à la vie sauvage, à se débrouiller sans l'aide du monde extérieur pour se nourrir, se loger, se vêtir. La petite démontrait une certaine habilité dans les arts manuels et à la chasse. Elle savait se déplacer sans faire de bruit, traquer le lièvre des montagnes et l'abattre d'un tir sec de son petit arc de fortune, quand elle avait été sage, Sha'rina lui prêtait cette dague qu'elle admire tant pour le dépecer et tanner sa peau. C'était son éducation à elle, loin des fioritures de la vie citadine, de la vie en société moderne.

Alors les yeux plantés dans ce ciel dont la couleur se retrouvait dans ses iris, elle était loin de s'imaginer ce qui l'attendait ensuite. L'esprit perdu, sans réelle consistance, elle se demandait en toute candeur:

*Et alors, les papillons? Ou ils dorment la nuit, et quand il pleut? Leurs ailes se cassent?*

C’était un vrai sujet d’étude pour ce bout de chou qui ouvrait grand ses yeux sur un monde où tout lui restait encore à apprendre. Elle s’émerveillait devant un rien et se distrayait de la nature. Mais elle eut ce jour, le plus grand émerveillement de sa vie, celui qui lui ouvrit les yeux sur sa vraie nature, sur son futur en tant que mage. Son beau ciel bleu se teintait de reflets d’un noir de mauvais augure. Ses petites oreilles se dressèrent quand elle entendit la voix grondante de son maître prononcer son prénom. C’était chose rare. D’ordinaire, il se contentait de bougonner, de grogner,, de s’exprimer par des gestes ou même de ne pas prendre en considération sa progéniture.

La petite accourut aussitôt, disciplinée, elle savait qu’elle ne devait en aucun cas faillir aux ordres de son maître sous peine d’une punition exemplaire. Elle avait un jour dénié un de ses appels, préoccupée par l’observation de la vie d’un singe, son esprit captivé ne prit pas compte de cette interpellation. Ainsi, son tortionnaire décida de ne pas non plus la prendre en compte cette soirée. Elle n’eut ni repas, ni de chambre pour coucher. Inutile de vous dire que les nuits sont assez rudes dans la région et que pour une enfant, dormir sur un sol rocailleux sans jamais rien pour se couvrir qu’une fine étoffe de laine relève du supplice. Mais elle acceptait ça, elle avait le sentiment d’avoir fait quelque chose de mal, et quand bien même il ne se donnait pas la peine de lui expliquer les raisons de ces châtiments ou encore même ce qu’est le bien ou le mal, la petite se construisait petit à petit sa propre opinion des choses. De ce jour, elle apprit qu’il était mal de ne pas répondre quand on lui adressait la parole, que l’ignorance d’un appel d’autrui était une faute grave qui ne devait pas être refaite. Mais ce qu’elle apprit le plus, elle l’apprit dans les livres…. Enfin, c’est une autre histoire.

Ce jour, c’est la magie qui lui tendit les bras. Quand elle se précipita jusque la petite porte qui séparait l’office de Sha’rina du reste de la caverne, elle vît sur son visage un air grave, ses sourcils grisaillant étaient froncés, et pour la première fois depuis un certain temps, il la fixa droit dans les yeux, sans faillir alors même que le souvenir de sa femme planait encore dans son esprit. Il prit une profonde inspiration, sa poitrine maigre se soulevait et dans sa descente amorçait un discours d’une platitude exemplaire. Sa voix grave et rauque retentissait dans toute la pièce, glaçant comme d’ordinaire le sang de Keira, la rendant toute ouïe, réceptive, en bon petit soldat.

« Keira, je vais aujourd’hui te montrer ton avenir, ce à quoi ta vie se résumera les prochaines années, écoute bien, je ne me répèterai pas. Tu vas apprendre la magie, une puissante magie dont notre clan hérita de notre père à tous, le fondateur de notre famille, un talentueux mage appelé Sha’nek. Tu es née Shaneki, de ta mère, et de ton père. Tu sais qu’ils sont tous deux morts après ta naissance, mais ils t’ont transmis une mission, un héritage que tu te dois de prendre en charge. Sha’nek, dont je te racontais autrefois l’histoire nous a laissé un trésor, sa magie. Oui, la magie existe, regarde ça. »

Dans sa main il forma une sphère d’un noir intense de laquelle jaillissait des éclats d’un violet ténébreux, une mini-bombe à retardement qui si elle explose se change en trou noir. Une des subtilités de la magie de l’Espace. Keira lâcha un petit cri de stupeur. Ses mains vinrent se coller devant sa bouche grande ouverte. Ses deux yeux scrutaient avec attention cette apparition. C’était ça de la magie ? C’était fantastique, extraordinaire, cela dépassait tout ce qu’elle avait jamais pu rencontrer dans la nature. Elle était attirée par ce pouvoir, et pour cause, sa petite main encore fine allait inconsciemment vers l’orbe noire, mais alors qu’elle s’apprêtait à la toucher Sha’rina ferma sa main et la sphère disparût dans une petite fumée grisâtre. Les yeux de Keira cherchaient partout l’orbe dans la pièce, et son regard alors déconfit se reposa ensuite sur son maître.

« Ce n’est qu’un petit aperçu de ce que tu seras capable de créer avec ta magie. Tu renfermes en toi beaucoup de puissance pour utiliser cet art et c’est pourquoi je t’ai choisie à ta naissance pour me suivre et devenir mon élève. Alors maintenant 2 options s’offrent à toi, tu peux accepter de devenir mon disciple et apprendre ou t’en aller vers le village le plus proche. »

Elle n’était pas vraiment sûre de comprendre, tout cela était assez obscur pour son cerveau seulement âgé de 6 années. Là dedans elle n’avait retenu que 2 choses qui la firent répondre sans hésiter : Apprendre à faire la même chose que son maître ou partir. Keira ne voulait pas partir, elle aimait sa vie puisqu’elle ne connaissait rien d’autre. Elle se suffisait à faire ce qu’elle faisait et ne voulait rien d’autre que suivre son train quotidien qu’elle agrémentait elle-même de nouvelles aventures, de rêves et de merveilles. Alors elle articula distinctement et plutôt sèchement quelques mot qui arrachèrent une ébauche de sourire à son père.

« Apprends-moi »

On aurait dit sa mère, Keyla, la première fois qu’elle rencontra l’homme qui deviendrait son mari, le père de sa fille, et veuf. A l’écoute de ces mots, ses traits s’adoucirent et son regard sombra dans un profond océan de nostalgie. Keira le regardait, troublée et choquée du comportement de Sha’rina, elle ne l’avait encore jamais vu aussi émotif ni expressif. La petite fille resta interdite, et silencieuse comme à son habitude. Elle aurait voulu aller vers lui, elle sentait qu’il ressentait de la peine, que son cœur souffrait, torturé par quelque souvenir, mais sa naïveté enfantine et sa crainte de son père paralysait son corps et l’empêchait d’aller plus loin. Ses yeux grands ouverts restaient fixés sur lui en l’attente d’une réponse, elle attendait comme un prévenu attend son jugement seul face aux jurés dans un grand tribunal. Les jurés dont la réponse traceront son destin.

Pour seule réponse, il hocha la tête et lui fit signe de retourner à ses occupations. La tête encore toute confuse, Keira ressortait. Le ciel changeant des pays montagneux avait eu raison de la douce lumière du soleil encore fébrile. Le vent avait chassé le beau temps et installé les nuages, de gros nuages lourds et d’un gris menaçant. Quelques gouttes tombèrent, bientôt suivies par leurs consœurs qui venaient suivre leur trajectoire pour finir leur course au sol, humidifiant le sol, l’air et en émettant une salve de petits sons qui se répondaient chacun les uns aux autres, s’entremêlant dans une cacophonie pluvieuse. Elle regardait ce ciel changeant qu’elle aimait tant, elle y trouva une petite tache noire volantes, un papillon aux ailes gracieuses qui devait s’être perdu.

* Alors petit papillon, comment rejoindras-tu ta maison ? *

Le papillon luttait contre les gouttes mais cela avec une facilité naturelle, il slalomait élégamment entre ces trombes d’eau et quand l’une d’elle le touchait, il perdait de l’altitude puis ne battait ses ailes que plus fort pour remonter.

*Alors c’est comme ça, tu passes entre les obstacles, s’ils te touchent, tu te bats et continues d’avancer. Merci petit papillon*

Et c’était elle le papillon. Elle décolle, prend son envol et touche le toit du monde, Reine des cieux, ange de la pluie. C’était le début de son périple et de sa vraie vie. De nombreuses épreuves, des obstacles, de la peine, des joies et des larmes, mais jamais ce papillon ne cesserait de battre des ailes.
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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Mar 7 Fév - 19:19

~ 11ème printemps ~ " Réveille-toi!"

Elle était seule dans cette forêt danse, le maître l'avait envoyée chercher du gibier, chasser le repas de ce soir, elle avait grandi, elle avait à présent son propre arc, sa dague à elle qu'il avait été lui acheter lors du passage de commerçants itinérants dans la région. Armée de ses objets fétiches et de sa magie, elle avançait, sans peur dans l'âme, cette forêt était comme une maison pour elle. Les grands conifères aux feuilles verdoyantes ne laissaient passer que partiellement la lumière du soleil qui ne pénétrait que par infimes rayons dans la dense toundra. Un léger vent glacial, résidu de l'hiver rude qu'ils venaient de passer, soufflait faisant pencher les branches les plus fragiles qui ployaient sous le poids de toute la population qu'ils habitaient. Des oiseaux, des écureuils, des petites fouines et ces renards qui chassaient aussi. Ces habitants, Keira les connaissait bien, elle s'adonnait souvent à leur observation, silencieuse et discrète, postée dans un fourré, ses petits yeux perçants à l'aguets du moindre de leurs mouvements. Et de leur côtés, ces animaux s'étaient aussi accoutumés à la présence de la jeune humaine qui leur rendait visite fréquemment, ils avaient en quelque sortes grandi ensemble, grandi en sentant son odeur dans les parages, elle ne représentait pas une menace, en tout cas, pas pour ces petits être inoffensifs.

Elle continuait d'avancer, les branchages morts craquaient sous ses pas, son regard baladeur se posait un peu partout et elle prenait de profondes inspirations pour savourer cet air qu'elle aimait tant, chargé de l'odeur des pins qui bourgeonnaient. Elle cherchait un lièvre, non deux à vrai dire, Sha'rina avait un estomac exigeant en quantité et des papilles affutées qui recherchaient la viande tendre des jeunes lièvres fringants. Elle ne pensait à rien d’autre que ça, contenter son maître qui si elle s’exécutait correctement lui apprendrait encore de nouvelles magies. Elle ne pensait qu’à ça. Depuis l’âge de 9 ans, elle avait l’autorisation de pénétrer dans la bibliothèque, et c’est là qu’elle passait le plus clair de son temps, à errer entre les rayonnages. Elle avait à disposition des lignées de livres à perte de vue, une bibliothèque assez impressionnante pour une demeure si modeste et enclavée que la leur. Keira avait déjà sillonné et dévoré tous les ouvrages sur le monde animal, sur la flore des montagnes qui n’avait plus de secrets pour elle. Elle connaissait les plantes médicinales de ce milieu, comment les cuisiner, comment en faire des médicaments, c’était un vrai petit scout montagnard. Ses yeux affutés et maintenant expérimentés par de longues heures de lecture plaisante lisaient à une vitesse remarquable. Après avoir lu les ouvrages disons… Pratiques, elle aimait lire des romans qu’elle pouvait trouver, la plupart d’entre eux étaient sombres et traitaient d’histoires glauques et inquiétantes.

Elle se demandait alors, plus elle lisait, à quoi ressemblait le monde derrière ces barrières rocheuses. Elle avait souvent lu des descriptions de la mer, des plages de sables, des déserts chauds à la végétation sèche et clairsemée, des dunes à perte de vue un océan doré qui s’étendait jusque l’horizon. Elle voulait voir les jardins fleuris qu’on décrivait dans le seul roman d’amour que comportait cette bibliothèque. C’était une histoire qui la touchait sans qu’elle ne comprenne pourquoi. Des amis d’enfance, animés par un seul et même rêve se lançaient à la recherche d’une relique magique extrêmement puissante. Ils y vouèrent tous deux leurs vies et leur âme. Ils finirent par tomber amoureux l’un de l’autre, enfin, ils avaient toujours ressenti cet amour mais s’étaient tous deux appliqués à le refouler au plus profond de leur être de peur d’une non-réciprocité qui aurait pu mettre leur quête en péril. Jusqu’au jour ou ils craquèrent tous deux et cédèrent face à la tempête de leur sentiments. 9 mois après cette union naquit une petite fille. Inutile de préciser que la fin du scénario fut dramatique et que cette histoire ressemblait à celle de Keira. A la fin du roman, la petite fille était devenue une jeune femme tyrannique qui semait la terreur au sein d’une guilde noire nommée « Justice ». C’était une puissante mage qui maîtrisait les poisons comme personne. Toujours était-il que Keira se posait des questions, et notamment sur la signification d’une guilde. Elle avait lu très attentivement les passages s’y référant. On y parlait tantôt de confrérie, à d’autres moments comme une horde, une cohorte sauvage, ou bien encore comme un clan, une famille soudée autour d’une même enseigne. Ce concept était d’un flou inimaginable pour elle mais elle ressentait le besoin de lever la brume mystérieuse qui planait autour de cette notion.

Et tandis que son esprit était ailleurs, comme toujours, ses yeux eux, ne perdaient pas le nord et repérèrent un levreau assez dodu et bien appétissant. Keira s’arrêta net et coupa sa respiration brièvement, les battements de son cœur se faisaient plus lents et sa respiration plus douce, silencieuse. Elle se concentra sur sa proie, presque instantanément, tout son être était tourné vers la chasse, elle avait quitté son habit de rêveuse pour revêtir celui de prédatrice. Elle s’accroupit et mit son corps en contact avec la brousse fraîche, ses vêtements étaient couverts de mousse et masquaient son odeur d’humaine, elle ne quittait pas la bestiole insignifiante des yeux. Dans un geste lent elle attrapa son arc accroché autour d’elle puis dégaina une flèche qu’elle logea au creux de ses petits doigts fins. Elle se mit en position, tous les muscles de ses bras contractés, un de ses yeux fermés, elle ajustait son tir, on ne pouvait se permettre de rater sa cible dans cette forêt. Elle banda son arc, son torse bombé, le souffle coupé, elle relâcha la corde, la flèche partit et fendit les airs avec une vitesse impressionnante. Perçant les feuillages et brisant les branchages, elle alla se loger droit dans l’abdomen du levreau, il n’y eut qu’un petit filet de sang qui coula le long de la plaie, la victime était morte sur le coup et quand la fillette se dirigea vers le corps inerte, la vie l’avait déjà quitté. Elle alla décrocher sa flèche et rangea son repas du soir dans le sac qu’elle avait prévu à cet effet.

Son doigt se teinta ensuite légèrement d’une couleur violacée, le décor semblait onduler autour exactement à la manière de l’air quand il est soumis à une forte température, du bout de ce doigt, elle dessina un petit segment. Le paysage se fendit pour laisser apparaître une petite brèche noire dans laquelle elle plaça le sac pour se déplacer plus librement, et comme le temps se suspendait dedans, son gibier serait de première fraîcheur pour son maître.

Sa magie avait grandement évolué en 3 ans. Le potentiel magique qu’elle renfermait l’aidait grandement et la magie de sa mère qu’elle avait en quelque sorte ingurgitée lui donnait les ressources nécessaires à l’utilisation à plein potentiel de cette magie. Elle progressait donc vite car il été bien connu que les enfants avaient une capacité d’assimilation plus importante qu’un adulte. De plus, elle baignait dedans, chaque jour, la magie l’entourait, elle s’y entraînait dès qu’elle le pouvait et qu’elle levait les yeux de son monde d’encre et de papier. Et cette existence lui plaisait, elle se sentait bien quand elle sentait la magie l’affluer, c’était une enfant curieuse d’apprendre, oui, la curiosité est surement ce qui la définit le mieux.

Après avoir accompli cette besogne quotidienne, elle se mit sur le chemin du retour quand elle sentit quelque chose effleurer son bras. Comme une coupure, il n’y avait pas de douleur, seulement une sensation étrange qui la fit frissonner, elle n’y fit pas attention et continuait son chemin. Puis le mal se répandit, son bras était engourdi, quand elle y jeta un œil elle remarqua avec stupeur qu’un filet de sang coulait le long d’une balafre horizontale qui parcourait son bras, la blessure était assez profonde et commençait à la faire souffrir, mais le plus inquiétant était cette torpeur qui la gagnait de plus en plus, ses membres se faisaient lourds et elle peinait à avancer. Bientôt, elle eut du mal à se maintenir sur ses frêles et jeunes jambes d’enfant. Elle tomba à genoux, continuant d’avancer à quatre pattes, sa vision commençait à devenir floue, comme obstruée par un voile invisible, un filtre déformant les images envoyées à son cerveau qui lui aussi perdait progressivement le contrôle de son corps. Elle tomba lourdement sur le sol, à plat ventre, et avant que ses yeux ne se closent elle n’eut le temps que d’apercevoir une paire de bottes noires et d’entendre une voix de femme dure et sévère qui retentit dans sa tête

« C’est elle. »

Puis rien, le vide absolu, elle ne vit rien, sa tête était vide, elle était inconsciente. Elle essaya d'ouvrir les yeux, mais quelque chose l'en empêchait, une étoffe rugueuse dans laquelle ses longs cils se coinçaient, empêchant ses paupières de se mouvoir pour permettre à ses iris de contempler l'endroit où elle se trouvait. Privée temporairement d'un de ses 5 sens, elle tentait de se référer aux 4 autres pour se situer. Elle n'entendait absolument rien de là où elle était, le vide, comme si rien ne vivait, elle ne se trouvait résolument pas dans cette forêt où l'incident survînt. Le contact de la mousse fraîche sur sa peau avait disparu, à la place, un tissu râpé et irritant la recouvrait, les manches étaient raides et peut-être deux fois trop longues pour elle. Le sang ne coulait plus de sa plaie et elle ne la sentait pas, son bras était d'ailleurs toujours sous un certain effet de paralysie dû au poison qui lui avait été injecté dans cette flèche.
Dans sa tête qui était lourde et encore douloureuse suite au choc de sa chute, les pensées se bousculaient dans un violent tumulte. Qui, où, quand pourquoi? Tant de questions sans réponses. Elle n'avait pas peur, elle voulait simplement savoir, elle savait se défendre et utiliser sa magie et cette simple pensée ralentissait les battements de son coeur dans les brefs moments ou la panique l'habitait et que dans l'inconnu il s'emballait. Il y avait une légère odeur de renfermé dans la pièce, elle devait être loin de cette forêt de pins fraîche qu'elle affectionnait tant, son nez flairait de l'humidité et elle dépistait une légère odeur de soupe aux champignons qui éveillait son estomac. Et ce dernier grognait, sans qu'elle en s'en rende compte, il était tiraillé par cette faim et bientôt elle ressentit cette torsion, cette douleur quand on croirait que son corps, affamé en venait à s'auto-digérer. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée inconsciente mais sa première pensée se dirigea directement vers son Maître, il n'avait pas eu son repas... Elle imaginait déjà sa réaction à son retour et ne serais-ce que d'évoquer cette pensée dressa ses poils sur tout son corps et la fit frissonner.

Elle fut bientôt tirée de ses pensées par un bruit de pas assez lourd, on aurait dit un homme de bonne corpulence à en juger par le bruit de ses pas, la façon dont le sol tremblait et frémissait lorsque ses pieds frappaient la cadence de sa marche. Keira sentit ensuite son corps décoller du sol et deux bras fermes se serrer autour d'elle. La main qui la saisissait était de grande taille, ce qui confirmait son pressentiment quant à la carrure de son ravisseur. Les yeux toujours bandés, elle tremblotait légèrement, son esprit d'enfant apeuré par cette soudaine apparition. La peur qu'elle s'était alors efforcée de refouler faisait surface plus vigoureuse que jamais, on avait beau dire qu'elle pratiquait une magie puissante, elle n'en restait pas moins qu'une enfant que l'on avait agressée et emportée à son insu dans une sombre forêt de montagne.

Le mystérieux homme attrapa le bandeau qui retenait son sens de la vue en captivité et tira d'un coup sec qui soutira la petite fille un petit cri quand quelques mèches de ses cheveux s'étaient glissées dans les noeuds serrés de cette étreinte. Elle resta quelques instants encore les yeux clos avec force puis les ouvrit progressivement en papillonnant des cils, la luminosité bien qu'elle fut faible brûlait ses iris bleu d'azur qui avaient été plongés dans l'obscurité pendant de longues heures sans pourtant qu'elle ne sache exactement combien de temps elle resta plongée dans son sommeil.

Quand elle ouvrit les yeux elle découvrit avec stupeur que ce qui pour ses sens apparaissait comme un homme était en fait une vieille femme d'un envergure non négligeable. Large d'épaules, son corps entier reflétait une vie rude qui ne lui avait pas laissé de cadeaux. C'était la première fois qu'elle rencontrait une autre personne que son maître et loin d'être physionomiste, elle se demandait quelle vie, quel roman se cachait derrière cette femme qui représentait une réelle énigme pour elle. Elle était vêtue le plus simplement du monde, une robe de lin râpée qui ressemblait à celle qu'elle portait, à cela de plus qu'elle était surplombée d'un tablier blanc qui ne l'était plus vraiment, grisé par les lavages et taché par l'usage. Quand elle vînt ensuite planter son regard dans celui de celle qui la détenait, elle découvrit avec stupeur que les yeux qui la fixaient étaient embués de larmes, des larmes de tristesse ou de bonheur, la limite entre les deux se faisait ambigüe, mais cette large et imposante femme était bel et bien en train de pleurer alors qu'elle tenait la petite Keira à bout de bras. Son visage était ridé par les années mais on pouvait y lire cette bon enfance, une face poupine aux paumettes rougies par l'émotion ou juste par le froid qu'il faisait dans la pièce. Ses deux yeux noisettes un peu renfoncés disparaissaient quasiment intégralement quand son visage se fendait d'un sourire franc et expressif. Ses petites lèvres fines et d'un rouge qu'on croirait artificiel montraient lors de cet acte une rangée de dents d'un blanc jauni par la cigarette, en effet cette odeur qui titillait le nez de Keira n'était autre que celle d'un cendrier qui trônait au milieu de la table ronde en face de la cuisinière.

Et le cerveau de la petite émettait des interrogations en rafale. Une pluie de question martelait son esprit qui se perdait dans des divagations toutes plus farfelues les unes que les autres. En même temps, elle connaissait si peu de la vie pour savoir les risque qu'elle avait encouru et le risque même que comportait une promenade seule dans cette forêt dense. De façon complètement inattendue, la vieille dame serra l'enfant dans ses bras fermement au point même que Keira émit un petit son quand ses bras musclés vinrent l'encercler pour la rapprocher de son corps. C'était la première fois que l'enfant expérimentait cette pratique, elle l'avait souvent lue, cette étreinte chaleureuse, sans pouvoir mettre un nom dessus. Elle sentait la poitrine imposante et chaude de la vieille femme contre elle, sa tête plaquée contre elle, la main qui un instant avant la tenait avec fermeté faisait maintenant acte de douceur tandis qu'elle glissait dans la chevelure noire de l'enfant. Cette chevelure qu'elle reconnut aussi chez cette dame. Ce même noir aux reflets violets qui la caractérisait. Cet afflux de questions lui faisait un mal de tête inimaginable.

Après avoir reniflé et étouffé ses sanglots, la grande femme posa l'enfant à terre et défît les liens qui la retenaient prisonnière. Après cela, elle l'invita d'un geste à s'installer à table autour d'un bol de soupe qu'elle avait tout juste préparé. Keira avait le sentiment et l'intime conviction qu'elle n'avait aucune mauvaise intention à son égard... Du moins, à son égard à elle. Elle la suivit et s'installa sur une chaise toute proche de la sienne. Après une profonde inspiration et toujours en la scrutant, la vieille femme prit la parole. Sa voix était la même voix qui avait retentit dans la forêt alors qu'elle était ventre à terre, elle avait enfin mis un visage à cette mystérieuse paire de bottes noires. Elles étaient d'ailleurs posées près d'une grande porte de bois noble. Elle remarqua aussi qu'il y avait une veste, de taille plus petite juste sur dossier d'une chaise.
Elle retourna subitement sa tête quand la femme s'adressa à elle. Ses joues s'étaient légèrement empourprées prenant une teinte vermillon qui lui saillait d'ailleurs fort bien puisqu'elles arrachèrent un nouveau sourire à cette fameuse dame.

"Tu ressembles à ta mère, comme deux gouttes d'eau. Pardonne-moi de ne pas être venue plus tôt, nous n'avons appris ton existence qu'il n'y a quelques années de cela après avoir retrouvé le corps de ta pauvre mère négligemment laissé derrière dans le tombeau de notre ancêtre. Je ne devrais pas te dire tout cela ainsi, mais ce n'est qu'une question de temps avant que ton père ne nous retrouve..."

En entendant ces mots, le visage de la petite se décomposa. Son regard se vida et ses yeux devinrent vitreux sans plus aucun éclat, cette étincelle de malice qui brillait constamment dans son regard s'éteint subitement quand on évoqua ses parents. Sha'rina avait toujours dits qu'ils étaient morts à sa naissance, tous deux étaient sensés avoir péri lors d'un grave accident et elle fut alors généreusement recueillie par son actuel Maître qui dans la plus grande bonté reconnut son potentiel et décida de lui enseigner la magie. C'était toute son histoire qui s'effondrait ce jour et pourtant les larmes ne coulèrent pas. C'était simplement son bon sens, la cohésion même de son identité qui s'était écroulée à cet instant. Elle avait donc un père, un père de chair et d'os qui errait dans ce monde, elle aimerait le connaître et dans sa tête, une myriade de pensées se suivaient en chaîne pour ne plus laisser aucun répit à la tête de la jeune fille qui se remplissait petit à petit et frisait l'implosion. La femme s'arrêta subitement, réalisant qu'elle venait de bouleverser la jeune fille, qu'elle venait d'ébranler tout son être, elle restait interdite face au visage angélique d'une enfant perdue, d'un ange tout juste déchu qui observait tout son monde collapser autour de lui. Il y eut un silence de quelques minutes, et Keira regardait la fumée qui s'échappait de son assiette tandis que son cerveau entier ne se concentrait que sur ses pensées, l'empêchant de faire ne serais-ce qu'un mouvement. La femme avala sa salive assez bruyamment puis poursuivit, déposant sa grosse main dodue sur l'épaule de la petite

"Je devrais me présenter. Je suis la soeur de ta mère, ta tante, Milena. Je suis venue ici te ramener auprès des nôtres, voir ta famille, les tiens. Ton cousin est d'ailleurs venu m'accompagner, il doit avoir le même âge que toi aujourd'hui, il s'appelle Hitsumi, tu le rencontreras peut-être s'il montre le bout de son nez, c'est un petit garçon très timide."

En effet, logé au coin de la porte se trouvait un petit blondinet qui à l'opposé de sa mère était fin et ses cheveux d'un blond doré rappelaient les champs de blé de leurs terres natales que Keira n'avait pas eu la chance de connaître. Ses yeux étaient comme ceux de Keira, bleus clair, reflétant tout l'espoir qui se plaçait dans cette jeune génération. Il regardait la scène avec attention mais aussi avec peur. Keira semblait l'intimider mais aussi l'intriguer. Personne ne lui ressemblait dans la famille. Et bien sur à cet âge, l'ethnocentrisme est chose commune, on pense que le monde entier ressemble à ce que nos yeux ont l'habitude de voir, la banalité se confond avec la proximité. De son poste d'observation, il pouvait aussi remarquer que l'expression de Keira avait changé du tout au tout, mais il n'osait pourtant aller vers sa cousine. Sa mère poursuivait quant à elle son discours

" Quoiqu'il en soit mon enfant, il semblerait que ton passé t'aie été caché et que la vérité doive t'être dévoilée. Il est seulement malheureux que ton père n'aie jugé utile de t'en informer de lui même. Il n'a pas toujours été comme ça tu sais... Puis tu lui ressembles tellement. D'ailleurs quel est ton prénom?"

La tête de Keira alors sans énergie, pendante, ballante se redressa pour planter ses yeux droit sur la femme qui venait de remettre en question toute son identité. Son coeur battait à la chamade alors qu'elle s'efforçait encore et toujours d'intérioriser ces émotions qui la submergeaient. C'était un vrai déluge dans son coeur, une pluie d'espoir et de tristesse s'abattait sur son âme comme la neige frappe les hivers en montagne, incessante et violente. Elle déglutit difficilement sa salive avant de prendre une profonde inspiration qui lui donnait un air trop sévère pour son jeune âge. Elle s'éclaircit ensuite la voix puis articula distinctement son prénom, avec une voix qui étouffait ses troubles et qui paraissait tout à fait normale, son visage pourtant trahissait le moindre de ses sentiments.

"Je m'appelle Keira."

Encore une fois les yeux de la vieille femme s'embuèrent, Keira, c'était si proche de Keyla, elle lui avait confié alors qu'elles n'étaient encore que des petites filles qu'elle aimait ce prénom et qu'elle nommerait son enfant ainsi si elle mettait au monde une fille. Elle l'avait donc fait et c'était tout à fait typique de Keyla, quand elle avait une idée en tête, il était impossible de l'y déloger et en cela, son enfant tenait bel et bien d'elle. Elle tenta de reprendre ses esprits et de chasser de sa tête le souvenir de sa soeur qui planait dans sa mémoire et venait couvrir de sa brume ses propos, ses souvenirs et draper son coeur de mélancolie.

"Keira... C'est joli, joli comme toi. Tu lui ressembles tellement, à ta mère. Ces yeux, ces cheveux, cette peau et ces expressions de ton visage...Enfin, ce n'est pas le moment de discuter de ça, je te montrerai nous vieux albums photos plus tard. Pour le moment, parle-moi de toi..."

Keira paraissait interloquée, alors elle ressemblait à sa mère, elle était si curieuse de voir, d'un coup, elle se sentit plus en confiance, ses inquiétudes la quittèrent, elle était en présence de sa famille, un terme qu’elle avait pu croiser dans quelques livres et qui lui évoquait chaleur et réconfort, soutien et accompagnement.

Elle n'avait rien entendu, seulement vu les yeux de sa tante s'écarquiller et son visage se crisper, sa face tranquille était modelée par la peur et son expression paisible se transformait en une terreur non dissimulée. On la croyait face à un fantôme et Keira ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas pourquoi son attitude avait brusquement changé jusqu'à ce qu'elle ne sente une odeur familière qui venait remplacer celles de la douce chaumière. La seule odeur humaine qu'elle reconnaîtrait entre mille. Ca ne pouvait être que lui, imprégné de cette fragrance qui sentait le vieux papier, les livres anciens, ce vieux rat de bibliothèque de Sha'rina. Il l'avait retrouvée. Elle ne savait quoi vraiment ressentir, soulagement ou peur? A vrai dire c'était un mélange des deux, soulagement de retrouver un visage familier, de retrouver ce qui lui avait servi de famille ces 11 dernières années mais d'un autre côté elle craignait la réaction du vieillard à son égard mais aussi et surtout à l'égard de Milena. Cette expression gravée sur son visage la pétrifiait de peur. Elle semblait comme sclérosée, paralysée par un mal inconnu, hantée par les spectres d'un passé tumultueux. Keira n'osait pas se retourner, sachant bien ce qu'elle trouverait, l'image terrifiante de son Maître dont l'ombre menaçante l'enveloppait.

Il y eut un long silence suivit d'un son, un grésillement qu'elle reconnaissait. Ses yeux à elle aussi s'ouvrirent, ils s'ouvrirent grands avec un mélange de stupeur et de frayeur. Sans savoir pourquoi, ces petites gouttes salées coulèrent de ses yeux attristés on appelle ça des larmes, des larmes de tristesse et de pitié aussi. Elle n'avait rien demandé à personne cette brave dame, elle n'avait fait aucun mal à Keira alors pourquoi? Tandis que la sphère grandissait, crépitant et sonnant, comme les pas de la faucheuse dont la lugubre faux brille au clair de lune, la petite s'interrogeait comme elle le pouvait, tout cela la dépassait et de loin. Elle ne cessait de pleurer quand la sphère noire fut enfin lâchée dans la direction de Milena et qu'elle transperça ce corps généreux comme elle traverserait un coussin de plumes, à ce moment, elle émit un petit cri, elle tremblait encore, regardant la femme qui ne l'avait kidnappée que pour mieux la choyer se vider de son sang. Milena mourut, non sans un sourire, mais son regard s'était porté autre part, dans un petit coin de la pièce où une jolie tête blonde regardait la scène barbare.

Il n'avait pas bougé, sa petite frimousse toujours au coin de la porte, caché derrière une chaise. Il était interloqué, choqué, pétrifié ses membres refusaient de répondre il restait seulement là, ses yeux plantés dans le regard maintenant vitreux de sa mère. Les larmes ne coulaient pas, elles ne voulaient pas. Son cerveau ne réagissait pas, c'était comme si qu'il était possédé par un mal qui lui ôtait toute force, toute volonté. Ce mal n'était autre que la peine à son paroxysme. Sa tête même était vide, et quand le décor se déchira à nouveau pour laisser apparaître une faille noire, que le vieillard qui venait d'assassiner sa mère de sang froid attrapa Keira et s'en alla, il ne fit même pas un pas, n'émit même pas un son. Sa respiration était haletante, son coeur s'emballait et battait à la chamade. Et enfin, les larmes épuratrices se mirent à s'écouler sur ces joues et la tristesse inonda le coeur pur d'un jeune garçon à l'avenir souillé par les déboires d'un vieillard. Pourquoi? Pour la puissance de Keira. Il avait semé les graines de la vengeance dans ce coeur jeune, et ce qu'il y récolterait ne sera rien d'autre qu'une funeste tempête transportant remords et ressentiments, emmenant avec elle la mort personnifiée qui viendrait à bout du vieillard tourmenté.

Alors qu'ils étaient sur la route pour rentrer chez eux, Keira regardait le paysage qui n'avait plus le même charme, devant ses yeux s'était logé un filtre, le filtre du scepticisme. Elle avait pour la première fois expérimenté la mort, la perte d'un être qui bien qu'il n'était pas cher à son coeur n'en était pas moins un être humain. Déstabilisée, elle n'osait décrocher ne serais-ce qu'un mot à son Maître dont la froideur avait atteint des sommets ce soir là. La lune qui trônait dans le ciel ne l'éclairait plus comme avant, elle avait le sentiment de l'avoir tuée par son existence seule et c'est le doute qui s'installait dans son esprit. Si cette magie puissante pour laquelle elle mettait tout son coeur à l'ouvrage semait la tristesse et la peine, cela valait-il toujours le coup de se donner tant de mal pour la maîtriser? Elle regardait le paysage filer à mesure qu'il avançait. Elle était ballotée sur son dos, accrochée par un de ses artifices magiques, elle ne pouvait pas bouger et cette étreinte conjuguée à son train de pensée qui filait sans même attendre sa conscience la fit se replonger dans un profond sommeil, un sommeil sans rêves, martelé de questions.

Elle n'ouvrit les yeux que quand elle heurta durement le sol qu'elle reconnut immédiatement, le sol de chez elle, de cette espèce de grotte aménagée par leurs soins. Keira ouvrit difficilement les yeux qu'elle plissa à cause de cette grimace sur son visage, stigmate de la douleur. Devant elle, debout, impassible, se tenait Sha'rina. il ouvrit la bouche pour parler, simplement une phrase comme à son habitude, mais son timbre de voix était différent, il était moins sec, et même si en jetant la petite par terre il voulait préserver les apparences, cet événement l'avait bouleversé. Il prit conscience que ce petit être qui se tenait devant lui, recroquevillé sur lui-même, apeuré, tremblant et frêle était sa progéniture, sa fille qui ce soir il avait failli perdre. Failli perdre ce pour quoi sa femme donna sa vie. Milena serait partie au matin, emportant avec elle le seul souvenir de sa défunte épouse, la chair de sa chair et ce à quoi il tenait le plus au monde. Cet amour qu'il refoula ces 10 dernières années refit surface, un éclair de lucidité le frappa et l'amena à reconsidérer sa façon de traiter son enfant, sa petite fille qui n'en serait bientôt plus une, cette petite à qui il avait dérobé son enfance.

"Que t'as-t-elle dit?"

Sa voix tremblait sous le coup de l'émotion, on aurait dit qu'il ravalait un sanglot alors qu'il venait de tuer de sang froid une de ses plus fidèles amies. Keira déstabilisée se redressa et s'inclina pour s'excuser, craignant le courroux de son Maître, craignant à dire vrai de finir comme la pauvre Milena. Il la punirait surement pour son impuissance et sa naïveté. Mais pour le moment, elle lui répondit hésitante, balbutiant et peinant à trouver ses mots.

"E-elle m'a dit que s'était ma tante. E-et ... que mon père était toujours vivant, qu-que... je ressemblais à maman... Et que papa aurait dû me dire la vérité, mais je ne comprends pas. "

Elle s'arrêta. C'était tout, tout ce qu'elle lui avait dit en réalité. Sha'rina ferma ses yeux et soupira. Il était soulagé, elle n'avait rien eu le temps de lui dire concernant son identité, as paternité. Finalement, il était arrivé au bon moment. Il eut à cet instant un sourire, alors même qu'il pensait à cette femme grassouillette, sourire qu'il dissimula dans son éternel capuchon rapiécé. Il reprit ensuite la parole, plus sèchement, après avoir reprit ses esprits.

"Et toi, que lui as-tu dit?"
"Je m'appelle Keira."

Il avait rit, oui rit de bon coeur face à la spontanéité de son enfant. Un rire qui déstabilisa Keira et la plongea dans la plus complète incompréhension qui ne s'accentua que plus par les actes de son père. Il s'accroupit puis se rapprocha d'elle, il tendit les bras pour l'attraper. Ce n'était pas le même toucher que d'habitude, sec et violent, non il lui rappelait la façon dont Milena l'avait empoignée, puis l'avait serrée contre elle. Elle sentait la même chaleur, elle sentait l'amour d'un père pour sa fille. Ca la troublait mais la réconfortait dans le même temps, elle goûtait au doux nectar de la tendresse. Nectar qui pour elle était un trésor des plus rares mais qui pour n'importe quel enfant ayant eu une existence banale paraissait anodin. C'est pour cela que plus tard, sa seule faiblesse était la tendresse, c'était la seule chose capable de l'émouvoir, les bains de sang ne la gênaient pas mais la moindre étreinte chaleureuse serait pour elle comme un cadeau. Un des revers de cette jeunesse sans amour n'est que la recherche désespérée de ce dernier. Ce serait comme un breuvage dans lequel ses lèvres auraient eu la chance de tremper, puis qu'on lui aurait arraché sauvagement, la privant de ce plaisir et lui mettant en tête de le retrouver. Elle la chercherait longtemps, cette chaleur.

Les choses redevinrent comme avant l’incident, progressivement, et plus le temps s’écoulait, plus l’amour prodigué s’amenuisait et les façades de dureté persévéraient, solidifiées, repoussant les assauts continuels de la tendresse paternelle. Mais ceci ne concernait que les apparences, car intérieurement, un grand changement s’était fait en Keira. Il ne pouvait se passer une seconde sans qu’elle ne se posât un millier de questions, et forcément, tentait d’y répondre. Elle n’avait plus tant confiance en son maître mais continuait pourtant de lui obéir loyalement, ses objectifs changèrent. Hier encore elle ne voulait que servir le vieillard et continuer à vivre dans la prospérité recluse dans ses montagnes, ce jour elle voulait s’évader, acquérir toute la puissance qu’elle le pouvait des enseignements de Sha’rina puis partir retrouver son père. Elle n’avait aucune idée du fait que cet être qu’elle idolâtrait au fond d’elle, qu’elle s’imaginait doté des vertus les plus nobles était en fait là à ses côtés depuis toutes ces années, vivant drapé dans le mensonge et les faux semblant.
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Erza Scarlet
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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Mer 15 Fév - 11:43

    C'est terminé ?

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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Mer 22 Fév - 17:58

No Smile Je lache mes skis et recommence à écrire en ce moment même. Navrée de ne pas vous avoir prévenu de mon absence.
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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Ven 24 Fév - 20:01

~19ème printemps ~ «Morbide émancipation… »

    Il régnait ce jour là sur les majestueux plateaux des montagnes du Nord un vent sec et tranchant, il fendait les airs avec un bruit de métal cinglant. Les rochers d’albâtre criaient sous ses morsures, mais l’atmosphère était étouffante, irrespirable, cet été avait été l’un des plus éprouvant depuis quelques décennies maintenant. La douce brise qui jadis caressait notre épiderme était maintenant une coulée de lave brûlant la moindre parcelle de peau exposée. Le soleil avait revêtu sa robe infernale, projetant de toute part ses rayons enflammés sur un décor méconnaissable. Les sommets enneigés avaient vu leur parure blanchâtre fondre au fil des jours tandis que le solstice arrivait.

    Ce jour était très important pour Keira d’autant plus qu’elle devenait comme une adulte à présent, aux yeux de son mentor, la candeur et l’ignorance n’étaient plus pardonnable, l’erreur devenait crime et l’incompétence délit. Elle n’avait plus le droit à l’erreur et savait s’en montrer digne. Tous les ans, durant le solstice d’été son maître et elle se rendaient en pèlerinage sur la tombe de ses ancêtres dans la forêt non loin. Chaque année, elle ré entendait la même histoire qui la fascinait, chaque été elle subissait la gloire de son ancêtre maudit, martyr de la magie noir et génie exilé. Un récit qu’elle connaissait par cœur, sur le bout des doigts, elle aurait pu le réciter avec l’intonation exacte avec laquelle il le prononce, elle aurait pu mimer chacun de ses gestes de stupeur, de frayeur d’attendrissement et de colère quand il racontait cette histoire mais s’il y a bien une chose qu’elle ne pourrait jamais imiter, c’est bien la ferveur ardente avec laquelle il évoque ses souvenirs des temps anciens, avec quelle passion il se glisse dans un autre monde, celui de la fiction. Il se trouve comme transcendé par cette destinée qui –pense-t-il- est étroitement lié à la sienne et à celle de sa progéniture. Ni même encore cette fierté d’appartenir à la lignée directe d’un si grand mage, d’être l’héritier d’un tel pouvoir. Mais il cachait avec peine sa déception de n’être que ce que la nature a fait de lui, un pauvre homme sans grande réserve magique, son érudition et son intelligence avaient su faire de lui un individu notoire mais la magie, il ne pourrait jamais l’exploiter à son plein potentiel.

    C’était donc le jour du traditionnel départ vers les forêts reculées. Comme toujours chaque détail était méticuleusement revu, Keira se prêtait à ce rituel comme d’ordinaire, avec entrain et bonne humeur. Malgré la répétition de ces expéditions, elle les aimait toujours, c’était un des rares instants où son maître daignait lui adresser la parole pour autre chose que de la magie, pure, il ouvrait son cœur, un jour sur 365… Les jambes dans le vide, elle se trouvait au bord de la grande falaise en face de la grotte qui leur servait de bibliothèque, la température ne la gênait pas, elle était pensive et son corps frémissait tandis qu’un frisson de terreur galopait le long de son échine. Elle avait un mauvais pressentiment, de l’espèce de ceux qui vous glacent le sang et qui vous pétrifient de la tête aux pieds.

    *Mais que ce passe-t-il, je ne comprends pas, le maître il agit de faon si ordinaire et pourtant, je le sens, il se passe quelque chose j’aimerais seulement savoir…*

    Elle laissa échapper un soupir de résignation et accorda un dernier regard au ciel qui n’acceptait pas en son sein le moindre nuage. Ses opales se fixèrent ensuite sur ses cuisses nues et ses jambes ballantes surplombant un vide impressionnant. Sa chevelure allait avec le vent, ondulant, dansant avec volupté avec des courants d’air brûlants.

    « - Keiraaaaaaaaaaaaaa où as-tu encore été te fourrer, je te rappelle que nous sommes en pleins préparatifs, viens ici !
    - Oui maître !
    »

    Docilement et accordant un dernier regard à l’horizon, elle se dressa sur ses jambes et retourna près du vieil homme au pas de course. Il était faible, ces dernières années, il s’affaiblissait de plus en plus, il restait maintenant rarement debout longtemps, il ne pratiquait plus la magie, il passait maintenant ses journées assis devant sa grande bibliothèque, en feuilletant pour la énième fois ses ouvrages poussiéreux, gardiens d’un savoir millénaire. Son regard avait perdu cette lueur qu’ils avaient jadis, cette étincelle de vie c’était éteinte. Keira se positionna près de lui, l’aidant à se déplacer, il s’appuyait sur l’avant bras de la jeune femme, mettant lentement un pied devant l’autre. Elle ne savait savait seulement qu’il était à la frontière de la vie, sur le point de sauter le pas, le pas vers un monde meilleur. Etait-ce ça ? Le sentiment qui l’envahissait tout à l’heure ? Un éclair de lucidité foudroyant qui lui rappelait la faiblesse de la condition humaine. « On naît puis on vit puis un jour on meurt. » C’est ce qu’il lui disait souvent, peut-être en vue de la préparer à cet instant fatidique ou les Erynies couperaient le fil grisaillant de sa vie.

    Souvent elle se prenait à penser au « pourquoi » des choses. Pourquoi naître, quel est donc le but de la vie si ce n’est que pour redevenir poussière ? Pourquoi s’évertuer à marcher, à tenir debout sur un chemin si l’on sait pertinemment que quoiqu’il advienne, on tombera sur une impasse. Désolant destin et à la fois rassurant, il est toujours bon de savoir qu’en ce monde règne une justice, celle de la vie. Impitoyable et sans scrupule, elle arrache se souffle qui vous anime pour vous laisser inerte. Bon ou mauvais, seul ou accompagné, quand le Dieu de la mort et ses morbides présages s’avancent et que sa faux scintillante messagère de la désolation se pointe sur vous, on se fiche de savoir quelle a été votre vie, vos actes, si une femme, une famille vous aime, non. Comme tout humain, vous êtes voué à vous éteindre et à retourner à la terre mère. Keira la trouvait belle cette justice mais à la fois cruelle. Elle était fascinée et elle le serait plus encore à l’avenir de voir que, qui que vous soyez, aussi puissants que vous puissiez être vous êtes et resterez des insectes insignifiants face au cycle de la vie, des insectes qui finiront écrasés par la fatalité de leur condition, par leur faiblesse endogène. Keira connaissait ses mécanismes et les acceptait en bonne cartésienne, elle ferait face à la mort, à la sienne ou celle d’autrui simplement en intégrant le fait que c’est notre destin commun. Nous retournerons tous vers les cieux.

    Keira préparait le dîner, silencieusement, un sourire constant sur les lèvres, son petit tablier bordé de dentelle blanche délicatement noué autour de la taille lui donnait des airs de ménagère plus que de grande mage, elle aimait tant la cuisine, cette délicieuse alchimie qui mettait tous ses sens en éveil. Ses narines chassaient les saveurs pour mieux les assembler, ses papilles devenaient de vraies maîtresses des travaux finis, sans cesse innovant, corrigeant, améliorant le travail de son odorat, elle mettait du cœur à l’ouvrage et tout jusque la présentation de ses assiettes était soigné et scrupuleusement travaillé. Elle vînt s’assoir à table, chargée des mets qu’elle avait concocté laissant derrière elle une traînée odorante des plus appétissantes, elle vous prenait aux tripes, vous ouvrait l’estomac et vous donnait une sensation de faim inexpliquée comme si vos sens tout entiers désiraient goûter à ce plaisir gastronomique. Dans un sourire elle déposa les plats sur la table puis vînt prendre place comme d’ordinaire en face de son maître. Elle attendait toujours qu’il ait commencé à manger avant d’elle-même entamer son assiette. Silencieux, comme à leur habitude, le doux cliché de la vie quotidienne planait sur leurs visages quiets, les rites répétés de ces longs dîners muets leur avait mis dans le cœur une mélodie mélancolique, tous deux savaient, ils savaient bien ce qu’il adviendrait.

    Sans jamais relever sa tête, elle portait lentement chacune des bouchées qu’elle attrapait de ses baguettes jusque ses jolies lèvres qui fendaient alors sont visage délicatement. Elle mâchait toujours bien ses aliments, elle prenait son temps, elle savourait et dégustait plus qu’elle ne mangeait à proprement parler, son hédonisme lui interdisait de bâcler ces petits plaisirs que la vie vous offre tout simplement. Elle, elle les saisissait, elle se les appropriait, en un mot, elle les vivait. Mais dérogeant à la sacro sainte règle du silence, son maître brisa leur mutisme. Oui il avait parlé, des mots, articulés, d’une voix grave et claire haute et solennelle tonnèrent dans la pièce, sonnant atrocement faux au milieu de la quiétude qui s’était installée. L’esprit distrait, elle ne prêtait presque pas attention à ce qui sortait des lèvres de son vieux père, non elle se contentait de se demander pourquoi, son train de pensée sclérosé par la surprise peinait à reprendre son cours et manquait l’essence même de ce geste, le contenu. Qu’était-il en train de dire ? Elle ne savait pas, elle n’avait pu intercepter des paroles de son maître que quelques mots.

    « C’est bientôt à ton tour, ce solstice sera spécial mon enfant »

    C’était tout, tout ce dont sa petite tête de linotte trop occupée à s’occuper de pourquoi avait-il parlé s’est souvenu. Une farandole de questions lui parvenaient alors à l’esprit, de quoi parlait-il ? Prendre le risque de lui demander serait à coup sûr du suicide puisqu’attesterait de son inattention et de l’ignorance des paroles de son aîné. Ce qui al conduirait inéluctablement vers un châtiment qu’elle préférait de loin éviter. Elle releva sa tête, plongea ensuite son regard dans celui de son interlocuteur redevenu muet et tenta de comprendre en vain. Ses paupières tombantes assombrissaient son regard ridé qui surplombé par des sourcils grisaillant lui donnaient un air menaçant. Mais au-delà de cette apparence de vieillard aigri, elle avait capté un regard différent qui se posait aujourd’hui sur elle, un regard empli d’un désespoir communicatif, comme un appel à l’aide sans conviction. Le regard du condamné au bout du couloir de la mort, celui qui regarde et chérit son passé en le frôlant du bout des doigts avant de se voir ôter le dernier souffle de vie qui lui reste. Voyant le regard insistant et la curiosité germant chez sa fille, Sha’rina détourna le regard vers son bol puis se leva de table rapidement après avoir terminé son dîner. Le départ aurait lieu le lendemain, et la brume de l’ignorance s’épaississait encore autour de son maître. Les questions sans réponse s’accumulaient sans jamais être résolues. Restant silencieuse, elle se hâta de finir puis débarrassa la table consciencieusement comme à son habitude avant d’aller lourdement se jeter dans son lit.

    Elle s’endormit alors non sans mal, son esprit errant toujours à la recherche de la compréhension des actions illogiques de son mentor. Elle fit ce soir là un rêve étrange et troublant.

    ***********


    Elle était seule dans la forêt, les jambes souillées de terre, ses vêtements en lambeaux, elle posait un regard affolé partout autour d’elle sans jamais trouver un point d’ancrage, son cœur battait, battait à la chamade comme s’il souhaitait sortir de cette poitrine et aller lui-même puiser l’air dont il avait besoin à l’extérieur et pour cause, elle était à bout de souffle. Elle se sentait lourde et épuisée, ses jambes peinaient à supporter le pourtant faible poids de son corps tout entier. Ce dernier frémissait de tout son long, laissant voir des membres meurtris et tremblant en proie aux attaques d’un vent brûlant. La jadis paisible forêt dans laquelle elle se plaisait à errer s’était transformée en un enfer sur terre, un cercueil étouffant, glauque et morbide. L’ombre des arbres rafraîchissante était devenue pour elle un voile obscur la coupant de la douce et rassurante lumière solaire, cette ombre qui s’étalait sur elle lui donnait le sentiment d’être prise au piège dans les ténèbres. Elle se sentait comme un animal traqué par une bête féroce dont la force naturelle surpasserait la sienne, un spectre de désolation qu’elle fuyait en vain puisqu’il la rattraperait, quoiqu’il advienne. Trébuchant sur une souche morte, elle tombait lourdement sur le sol, son crâne se fendit alors légèrement, laissant perler son sang le long de son front, jusque ses lèvres qui s’imprégnèrent de ce goût ferreux. A bout de force, elle ne parvenait pas à se relever. Mais que s’était-il passé ? Pourquoi ? Elle essayait de se le remémorer, elle était dans un état de choc qu’elle n’avait jamais connu, ses souvenirs ne revinrent que par bribes, formant un tissu distendu que son cerveau tentait tant bien que mal en ouvrier appliqué de rapiécer. Instinctivement, elle pleura, sans vraiment connaître la raison pour laquelle ses glandes lacrymales éprouvaient le besoin de se déverser sur ses joues. Son visage était décomposé, les yeux dans le vide, elle pleurait encore et encore, les souvenirs ne lui revenaient pas, elle pleurait simplement car son subconscient savait ce qu’il en était, il savait que la coutume voulait des pleurs, des cris, du sang pour laver les pêchés qui avaient été commis. Mais ses yeux s’écarquillèrent quand elle sentit une main froide se poser sur son épaule, une main qui descendait vers con cou, une main qui continuait de traverser son dos puis qui dans un geste brusque jeta ses cheveux sur le côté. Elle ne voyait rien, elle entendait seulement les branches mortes craquer sous le poids de son poursuivant. Prise au piège, elle avait été rattrapée elle se sentait vide, elle se sentait déjà morte. Mais bizarrement, la froideur de ce corps étranger se transforma en une douce chaleur, cette aura terrifiante disparut pour ne plus laisser qu’un halo bienfaisant, la tension quittait son corps et ses nerfs se détendaient, naturellement, comme si la pression exercée dans son dos n’était autre que cette valve de sécurité qui se desserrait enfin pour évacuer la pression qu’elle renfermait. Ses yeux se fermèrent alors, elle ne se posait plus de question, plus rien, et s’en suivit un vide d’une durée qu’elle ne saurait identifier.

    Un moment plus tard, elle sentit la douce caresse du soleil couchant chatouiller sa joue, et quand ses yeux s’ouvrirent, l’enfer redevînt paradis, elle était toujours dans cette forêt mais elle la voyait sous un différent jour, elle avait quitté son habit terrifiant pour revêtir celui d’un havre de paix, tranquillisant, dont la quiétude des hauts pins donnait un sentiment protecteur presque paternel. Ses yeux peinèrent à s’ouvrir complètement, éblouis par la luminosité ambiante, le soleil avait l’air d’être à son zénith tant ses rayons transperçaient avec force les épais branchages des arbres environnants. Keira jeta un coup d’œil autour d’elle, elle avait de toute évidence été posée assise contre un arbre, la mousse caressait sa peau et atténuait la dureté de l’écorce de ces monuments millénaires. Bondissant sur ses deux pieds, son premier reflexe fût de chercher son maître. Mais sans réellement comprendre, son corps se figea instantanément à l’évocation de son souvenir. Oui elle se souvenait de la raison de ses pleurs, elle l’avait perdu, il l’avait quittée, elle était maintenant seule. Dans ses nombreuses lectures, elle avait souvent lu se genre de réaction, elle ne bougeait plus, tétanisée par ses sentiments, dans l’impossibilité totale de faire le moindre geste. Son cœur battait de plus en plus lentement, elle l’entendait raisonner dans sa poitrine qu’elle sentait plus creuse, plus vide. Encore sous le choc, elle ignorait le pourquoi du comment de cette histoire mais pour l’heure, la prise de conscience était assez difficile. Car oui ; tout le monde meurt un jour et il faut s’y attendre encore plus venant de la part d’un vieillard tel que lui. Cependant une tempête d’émotions l’envahissait. Les vents de la colère soufflaient en soulevant des vagues de tristesse et de haine. Les flots ne savaient contre qui se dresser, contre elle, incapable de l’avoir protégé malgré le fait qu’il ait voué sa vie à la former ? Ou bien contre lui, vieillard sénile dont les tendances mégalomanes l’avaient poussé au quasi suicide ? C’était un dilemme intérieur auquel, prise dans le feu de ses sentiments, elle ne pouvait résoudre.


    Un de ses genoux heurta le sol avec violence et le reste de son corps plia sous le joug de ses émotions exacerbées. Elle se sentait paradoxalement vide, comme si une de ses failles avait emporté dans cette lugubre dimension une partie d’elle-même qui lui était nécessaire pour être ce qu’elle est. C’était un morceau de son histoire qui venait de disparaître et cette pensée qui l’envahissait alors la conduisit à tomber de tout son long sur le sol. A quatre pattes sur la mousse fraîche, elle regardait la terre. Oui il était redevenu poussière, comme nous le serons tous un jour. La tempête s’apaisa et elle gardait les yeux rivés sur le sol, à la recherche de la moindre cendre de son père dont elle ne connaîtrait jamais le statut.

    Puis un bruit se fit entendre, un craquement, une branche brisée, puis une autre dans un rythme de pas, cadencé et hésitant. Keira ne releva pas la tête, elle fixait toujours le sol, les haillons qui lui servaient de vêtements traînaient dans la boue formée de ses larmes et de la terre nourricière. Puis légèrement, elle vît une main empoigner délicatement son menton, une main qui lui était familière, c’était cette même main qui était dans son dos, ce même halo bienfaisant, cette même sensation de bien-être immédiat et de chaleur. Les yeux encore embrumés de larmes, elle se redressa lentement et se rassit sur ses talons. En face d’elle se trouvait un jeune homme du même âge qu’elle. Il était brun, d’un brun profond et obscur, ses yeux noirs ajoutaient encore une part de mystère à sa chevelure ébouriffée et complètement déstructurée. Sa peau d’un blanc laiteux lui donnait un air livide comme un être revenu de l’au-delà. Mais soudain son expression changea, il avait souri et tout son visage s’était empli d’une lumière rassurante, la froideur de ses traits était liftée par son expression franche et amicale. Il fixait Keira droit dans les yeux, et des larmes coulèrent presque aussitôt. Oui, il la revoyait enfant, ce soir là, ce soir où il perdit sa mère de la main de Sha’rina.
    Elle le regardait toujours, elle avait l’impression de le connaître sans pour autant parvenir à se souvenir exactement de leur rencontre. Ses yeux brillaient avec une tristesse qu’il ne cachait pas. En le regardant plus globalement, elle put constater que ses vêtements bien qu’ils eurent l’air précieux étaient recouverts de boue, ils avaient été lacérés çà et là par quelque coups de couteaux ou de griffes, sa veste noire encore ouverte laissait voir une balafre assez profonde sur son torse… ainsi il s’était battu ? Mais contre qui ? Qui était ce jeune homme qui lui paraissait si familier ? Elle tentait elle-même de clarifier la question sans réellement y parvenir. Elle scrutait chaque détail de son anatomie pour trouver des réponses, mais en vain. Elle remarqua seulement cette chevalière qu’il portait autour de l’auriculaire qui lui rappelait étrangement le blason de leur clan, mais ce blason, elle n’avait pu le voir que sur la dague de son maître et ne pouvait donc l’identifier avec certitude. Mais, coupant ses divagations, il se jeta sur elle pour l’enlacer, la tête sur sa poitrine, il pleurait toutes les larmes de son corps en suppliant la jeune femme de le pardonner, mais qu’il avait fait ce qui était juste. Keira était pétrifiée, le regard interdit, ses membres se demandaient que faire, son cœur se serrait, mais elle ressentait une chaleur la parcourir, la chaleur humaine, c’est alors qu’elle se remémora ce soir où elle avait été kidnappée et cette étreinte, cette douce étreinte, ce doux nectar auquel elle avait goûté : l’affection. Mais lui revînt ensuite en tête un visage timide, celui de son cousin… C’était donc lui ? Mais pourquoi avait-il refait son apparition ce jour là ? et qu’avait-il à voir avec son histoire ? Elle tenta alors avec difficulté de communiquer avec lui, se petite voix était couverte par les sanglots incessants de son cousin qui quémandait encore et encore le pardon de la jeune femme.

    « - Histumi ? H-Hitsumi est-ce bien toi ? »

    Le jeune homme s’arrêta net et releva la tête, son regard vînt de nouveau se planter dans celui de Keira qui avait l’air perdue. Ses yeux rougis par les larmes avaient éclairci et lui donnaient un tout autre charme, de plus près, il semblait bien moins frêle et montrait une forte constitution, son corps bien bâti contrastait avec sa mine enfantine et son visage aux tons faiblards. Mais après avoir passé quelques secondes les yeux dans les yeux avec Keira, il la saisit fermement et la plaqua une nouvelle fois contre lui, son étreinte bien que ferme était douce et sa voix venait délicatement se poser dans le cou de la jeune femme.

    « Oui… Désolé, excuse moi je t’en prie, pardonne moi Keira, je t’en supplie, pardonne moi… »

    Ses mots raisonnèrent dans la tête de la jeune femme s’enfonçant de plus en plus dans l’incompréhension, elle se débattait avec elle-même pour s’empêcher d’éclater en sanglot. Tous ses efforts intellectuels allaient droit vers son cousin, vers cette énigme qu’elle tentait d’élucider. Instinctivement et sans réellement savoir pourquoi, elle l’enlaça à son tour, elle le serrait contre son corps. Cette présence humaine et cette chaleur lui avaient tant manqué, puis elle en avait besoin de ce soutien, de cette affection qui venait lentement combler le vide laissé par la disparition de son mentor. C’était comme un pansement de surface qui venait d’être appliqué sur son cœur qui suintait de peine et de rage comme le premier pas vers une guérison que ses convictions rendraient relativement rapide. Elle ne dit ensuite plus rien, pendant un long moment, ils restèrent l’un dans les bras de l’autre sans rien comprendre à cette tragédie qui planait au dessus de leurs têtes. Mais à bout de force, la jeune femme s’endormit une nouvelle fois, et tomba dans les bras de son cousin comme une pierre, emportée par Morphée vers des rêves lugubres.

    ***********


    Quand ses yeux se rouvrirent, elle se trouvait dans son lit, dans cette grotte qu’elle avait toujours connu, elle avait été réveillée par les grondements de son maître qui pestait encore après elle pour son retard, ils allaient rater leur départ pour le pèlerinage. Elle avait l’esprit complètement brouillé, ce songe semblai si réel, la souffrance semblait si concrète que l’espace d’un instant, elle se demandait si c’était réellement un rêve. Mais la dureté de son géniteur la ramena bien vite à la réalité des choses, jamais elle n’aurait pensé qu’entendre le son de la voix rauque et grave de son père puisse être aussi rassurant et plaisant. Elle sortit donc habillée au pas de course et courrait maintenant pour rattraper le vieux sur le sentier. Son sac prêt, elle le glissa dans une faille et ils étaient dès lors en route vers le tombeau de son ancêtre.

    Ses livres toujours à la main et la précieuse dague à la ceinture, Sha’rina avançait d’un pas curieusement décidé vers leur destination. D’ordinaire, ils faisaient des pauses fréquentes pour admirer le paysage, profiter de la fraîcheur des pins et partager quelques connaissances sur la faune et la flore, mais Keira le sentait pensif, elle le sentait ailleurs et ne retrouvait pas dans ce voyage le symbolisme qu’il lui attribuait traditionnellement. Elle le suivait cependant en silence, exécutant l’ordre implicite qu’il lui donnait : marche, marche en silence vers ton destin. Elle ne prenait elle-même pas le temps de profiter du panorama ou des sensations agréables que procuraient les douces brises de vent qui faisaient danser les branches déclenchant toute une symphonie et mettant en branle la machine Nature. Non, perdue dans son psychisme torturé, elle tentait de résoudre ce puzzle complexe de fait qui l’interpellait de plus en plus. Elle avait fait un rêve étrange, eut un pressentiment étrange, son maître maintenant agissait de manière étrange, rien dans tout cela ne laissait voir un avenir heureux. Elle tentait de se persuader d’une suite de coïncidences fâcheuses mais sa rigueur d’esprit le lui interdisait, non, il devait y avoir un lien, il y a toujours un lien.

    Ils arrivèrent bien plus vite que d’ordinaire au tombeau. Sha’rina prit cette fois ci étrangement le temps de se recueillir sur la tombe de Sha’nek, oui, il balbutia pendant une demi heure des mots incompréhensibles, Keira crut même voir des larmes couler sur son visage. Des larmes qui la compromirent encore plus, qui l’attiraient encore plus profondément dans les abîmes de l’ignorance. Elle restait quant à elle de son côté, arpentant comme à son habitude la forêt environnante en quête de leur dîner. Mais elle n’était pas assez attentive, distraite par la conjoncture, elle ne parvenait que difficilement à traquer son gibier, elle était maladroite et ses mains, moites d’appréhension glissaient et altéraient sa précision à l’arc. Ce n’est qu’après une fastidieuse heure de chasse qu’elle revînt, lassée, avec un maigre butin que son maître lorgna sans réprimer une certaine déception. Elle attendait pourtant l’instant du repas avec impatience, c’est à cet instant que chaque année elle voyait revivre son maître pendant ce récit, pendant qu’il lui contait l’histoire de sa magie. Mais ce soir, rien, pas un mot ne sortit de la bouche du vieillard. Keira bouillonnait de rage, il lui cachait évidemment quelque chose, mais pas quelque chose d’anodin, une chose de la plus haute importance, et elle, elle était mise à l’écart et ne comprenait rien. Les sourcils froncés et les membres crispés par la colère, elle sentit ensuite les yeux sévères de son père se poser sur elle et pourtant, elle n’en démordait pas, son corps ne voulait pas se décontracter et bien que ses sourcils reprirent une forme normale, son regard lui était encore consumé par la haine. Le vieil homme soupira et posa son bol sur le côté, il se leva ensuite et vînt enlacer Keira avec amour et douceur. Il savait que son heure était venue, il l’avait calculé comme il avait jusqu’à présent tout calculé dans sa vie. Il allait perdre sa progéniture ce soir, il le savait et s’était préparé à son funeste destin.

    Keira tremblait, son corps ne comprenait pas et pire encore sa tête était sur le point d’imploser devant tant questions. Son cerveau était tiraillé et ne savait plus quoi faire face à la masse d’information à traiter, elle était comme submergée par un tsunami de faits et ne voyait aucun point ou s’accrocher pour être sauvée. Mais elle fut arrachée d’un coup à ses pensées par une énorme explosion qui retentit à quelques mètres d’elle, la puissance du feu la projeta contre une souche non loin. Elle la heurta sèchement avant de retomber durement sur le sol froid de la forêt endormie. Elle crachota et repris difficilement son souffle puis partit immédiatement à la recherche de son maître, malheureusement, elle ne vît que deux ombres dansant au milieu d’un cercle de flammes au loin. Pendant un long moment, ces deux spectres ne bougèrent pas, immobiles, ils avaient l’air de démons préparant leur charge maléfique l’un contre l’autre. Mais la silhouette qui se tenait en face de celle de Sha’rina avait l’air bien plus vigoureuse et plus forte que celle du vieillard. C’était sans nul doute un jeune homme bien portant et dans sa tête eut lieu un déclic, elle se mit à courir aussi vite qu’elle pût et n’eut le temps d’arriver avant la tragédie. L’homme s’avança vers son maître un long pic de glace à la main, Sha’rina lui, regardait en direction de sa fille, le regard vide, résigné comme l’avait été avant lui son ancêtre face à la mort, l’homme en face de lui regarda ensuite dans la même direction mais les flammes cachaient son visage et ne laissaient voir qu’une lueur de démence dans ses yeux, une jouissance transcendante à donner la mort. Et dans un geste sec, il enfonça son arme dans l’abdomen du vieillard qui dans un hurlement déchira le ciel.

    « Cours !!! Keiraaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa…. »

    Decrescendo. Son cri perdait de son intensité pour ne plus devenir qu’un murmure se fondant avec la nature. Il perdait de sa force à chaque goutte de sang qui giclait hors de son vieux corps usé. Et tandis que la vie le quittait, ses dernières pensées allèrent une nouvelle fois vers sa progéniture. Sa vie toute entière aurait été un simulacre et jusque dans la mort il avait tout planifié, tout méticuleusement orchestré, Molière dans son art, il perdit la vie sur scène.
    La jeune femme ne prit pas le temps de réfléchir et se mit à courir, courir, ses jambes dans un élan surnaturel la propulsaient et à toute vitesse elle parcourait la forêt dans une direction aléatoire, là ou son instinct la menait. Eraflée par les branchages, lacérée par les ronces, elle ne s’arrêtait pas et courrait toujours plus vite mais bientôt son corps vidé de toute énergie fatiguait, sa respiration devenait haletante et ses gracieuses foulées se réduisaient à un faux-semblant de marche rapide. Elle s’arrêta, à bout de force, essoufflée, et posa un regard autour d’elle… Comme une impression de déjà vu, une sensation désagréable d’avoir vécu cet instant, son cœur se tiraillait une nouvelle fois et son corps subissait encore le contre-coup de l’épuisement. Oui, elle en avait rêvé de cet instant… Son corps était envahi par le brumeux spectre des souvenirs, tout se produisait exactement de la même manière, au détail près, elle pouvait prédire avec exactitude la minute même ou son genou fléchirai, où son corps tremblerait… Et cette main qui venait se poser sur son épaule… Il n’y avait plus aucun doute, rêve ou réalité ? Ses yeux se clorent lourdement comme s’ils ne pouvaient plus supporter le poids de cette étrange réalité, comme si ces yeux étaient fatigués de voir un monde flou, illogique.

    Les évènements qui suivirent furent fidèles au rêve de Keira qui était égarée mais qui, fatiguée et lassée de se torturer avait abandonné l’idée de chercher à comprendre quoi que se fusse. Elle se laissait simplement porter par cette vague de mystère, sans même essayer de lutter contre le courant qui la menait en eaux profondes. Elle perdait pied et se noyait dans ses pensées, tout était confus, la vie, la mort, le ciel, la terre, illusion, réalité, tant de frontières qui aujourd’hui s’estompaient dans la tête de la jeune femme, perdue. Sa vie avait basculé en un instant, ses convictions et ses croyances n’en étaient pourtant que renforcées.
    Quand elle rouvrit les yeux après un long sommeil, elle trouva son cousin près du feu, assis en tailleur le regard au loin, il semblait dubitatif, son visage était quant à lui inexpressif, comme figé. Les flammes dansaient dans ses yeux vitreux, lui donnant un air surnaturel, inhumain, elle reconnut ce regard aliéné, l’étincelle de démence qui scintillait faiblement, sommeillant légèrement, se rendormant progressivement après avoir déchaîné sa colère. L’estomac de la jeune femme se noua alors, il l’avait tué, lui, son propre neveu, puis le puzzle se mettait gentiment en place, chacune des pièces jusqu’alors démantelées s’assemblaient pour reformer une trame cohérente et concrète. Oui, son maître avait tué sa mère et cela à cause d’elle-même. Elle était simplement la clé de ce casse tête, le déclencheur de cette saga tragique. Un drame familial comme on en voit souvent d’autres qui s’est retrouvé amplifié par le cercle vicieux de la vengeance, perfide araignée qui dans votre âme tisse sa toile malfaisante. Et le ciel et la terre reprenaient leur place, et l’illusion s’estompait face à l’écrasante réalité. Elle prenait conscience des choses dans leur ensemble et commençait timidement à appréhender la réalité. Réalité qu’elle frôlait seulement quand Hitsumi l’interrompit brusquement. Sans détourner son regard du des braises flamboyantes, il lui dit alors d’une voix posée, calme et cristalline :

    « Enfin réveillée, je n’y croyais plus. Comment te sens-tu ? »

    Elle se leva tout d’abord sans prononcer un mot puis vînt avec lui se réchauffer près du feu de camp. Ses genoux repliés contre sa poitrine accentuaient ses airs candides et cette mèche négligemment jetée en travers de son front assombrissait son regard retravaillé par les jeux d’ombres des flammes. Les yeux clos, elle entreprit alors de lui répondre avec le même ton stoïque qu’il avait usé auparavant :

    « Comment nous as-tu trouvés ? Pourquoi ce soir ? Je comprends ton désir de vengeance et c’est bien pour cela que je ne peux t’en vouloir. »

    Non, elle ne répondrait pas à sa question, pourquoi ? C’est bien simple, elle ignorait elle-même comment elle se sentait. Ses sens étaient embaumés par les encens du deuil et du devoir, de la justice et de l’amour, de la tristesse et de la compassion… Elle était incapable de blâmer l’acte de son cousin et pour autant elle ne pouvait réprimer cette peine qui grandissait en elle en même temps que le vide qui se faisait ressentir au plus profond de ses entrailles. Elle avait perdu son père ce soir, et lui avait répondu à la loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent. Un engrenage dangereux de destruction qui s’était treize années auparavant lancé lorsque son maître assassina de sang froid, et sous ses yeux voilés par l’ignorance, sa chère mère. Elle n’allait pourtant pas tarder à connaître le fin mot de l’histoire. En effet, toujours immobile et impassible, Hikari articula quelques mots.

    « Ton maître m’a donné rendez-vous il y a de cela 5 années jour pour jour, il m’a conjuré d’exercer la justice de notre clan, il m’a supplié de l’achever de ma propre main pour ses crimes et ses mensonges. Tu étais là, nous n’étions alors que des enfants quand il tua ma mère sans aucun scrupule pour garder sauve la plus grosse de ses manipulations. Il me retrouva alors quelques années plus tard, j’avais 14ans, et je vivais seul, ce qui me maintînt en vie durant ce temps n’était que l’espoir de pouvoir un jour me venger et ce jour arriva très vite. J’ai longtemps pensé à toi et à ton histoire que ma mère me contait souvent, j’y pensais pour essayer de me résonner mais plus le temps passait, plus je me la répétais et plus la balance de la justice penchait en la défaveur de ton mentor. Il n’avait pas le droit… »

    Il s’interrompit quelques instants et soupira longuement, il leva son regard vers le ciel étoilé, adressant comme une prière aux astres, une prière pour lui donner la force de poursuivre. Mais il les consultait aussi, devait-il lui dire la vérité sur Sha’rina ? Cette pauvre femme à ses yeux n’était plus qu’un être brisé, il avait alors deux options, laisser le mystère perdurer ou lui dévoiler l’identité quant à ses liens de parentés avec le vieillard. Après un instant de doute, il décida de ne rien dire, elle avait vécu beaucoup de choses ces dernière 24h il voulait l’épargner, lui éviter de devoir encaisser une nouvelle qui remettrait sans doute en question. Il arrêta donc son discours abruptement laissant une fin ouverte, laissant des questions sans réponse. Mais ainsi fut sa volonté. Il se contenta de sortir de sa veste la dague d’argent des Shaneki et de la remettre à Keira qui par son sang et sa lignée devenait de fait la nouvelle figure du clan, elle s’en saisit alors en silence et l’accrocha symboliquement à sa taille. La jeune femme tourna lentement sa tête vers lui se releva et déposa un baiser sur sa jour avant de s’en aller, tournant les talons. Elle venait d’écrire sur une nouvelle page du livre de sa vie. Elle avait le droit à un nouveau départ et elle comptait bien en profiter, cartésianisme et hédonisme ont été les maîtres mots de son salut. Quand les chaînes de la haine et de la tristesse tentaient de l’attirer vers les abysses de la dépression elle s’était débattue et avait trouvé la force de rompre les liens pour s’envoler vers d’autre horizons.

    Ainsi elle se mettait en marche vers une autre existence, laissant à la porte les bagages de son passé et ses a priori, telle une renaissance.

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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Lun 27 Fév - 0:28

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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Mar 28 Fév - 11:25

Comme prévu miss je vais prendre le temps de lire l'oeuvre et je te donnerais rapidement ton rang et groupe. Tu peux dors et déjà commencer à poster sur le forum, comme je ne remettrais pas en question ta validation quoiqu'il arrive.

EDIT: Un vrai régal. Vraiment agréable, tant bien le style que l'histoire, le sens du détail. Bref rien à redire. Je pense pouvoir t'accorder sans problème au moins le rang S. Au moins. J'attends tout de même un autre avis pour voir si S ou +. Mais tu peux débuter le rp, je te met ta couleur (enfin du moins quand je connaîtrais ton choix précis^^). J'attends juste pour le rang.
En tout cas très bonne fiche à n'en pas douter.

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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Jeu 1 Mar - 20:17

Holà Smile J'ai (enfin) fait mon choix, s'il m'était possible d'intégrer BP j'apprécierais ^^
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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Jeu 1 Mar - 20:25

Aucun soucis, je valide donc rang S (dans un premier temps) et à Blue Pegasus.

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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Jeu 1 Mar - 22:34

Je te valide avec plaisir à BP et pour moi se serais rang Elite plus que S.

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MessageSujet: Re: God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]   Ven 2 Mar - 11:58

Et bien soit, je valide rang Elite également. Bien joué Keira Very Happy

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God damnit, not again. [ENFIN terminée :D]

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